L’un des principaux freins à l’essor de la voiture électrique, l’accès aux bornes de recharge, progresse significativement chaque année pour atteindre un niveau jugé satisfaisant en France. Les initiatives publiques et privées se multiplient pour renforcer le maillage sur l’ensemble du territoire et démocratiser le véhicule électrique.

Fin 2019, le nombre de bornes de recharge publiques pour voitures électriques et hybrides a augmenté de 15 % en France par rapport à fin 2018. Au total, 28 666 points de recharge sont disponibles dans le pays, selon les derniers chiffres publiés par Avere-France. Le niveau de couverture est légèrement meilleur que celui préconisé par l’Union européenne, à savoir une borne pour 10 véhicules. 268 000 véhicules électrifiés seraient aujourd’hui en circulation sur les routes françaises, selon l’association.

Malgré un niveau jugé satisfaisant, une majorité de conducteurs craint encore la « panne sèche ». D’après l’Observatoire Cetelem de l’automobile, 86 % des automobilistes trouveraient les infrastructures insuffisantes en matière de recharge électrique ; et 92 % estiment devoir disposer d’une borne à domicile ou au travail pour acheter une voiture électrique. La faible proportion de points de recharge rapides est pointée du doigt.

Les bornes rapides, qui permettent de regagner 80 % d’autonomie en 30 minutes, représentent pourtant 9 % du réseau de charge. 2 551 points affichent une puissance supérieure à 24 kW, et près de 600 une puissance de plus de 120 kW (très rapides). 65 % des bornes du réseau délivrent par ailleurs une charge accélérée (entre 14 et 22 kW), soit de quoi recharger une batterie en quelques heures. Les 26 % affichent une puissance allant jusqu’a 11 kW, un niveau suffisant pour recharger son véhicule au quotidien.

Le maillage du réseau de recharges publiques en France est appelé à se densifier pour suivre la croissance à deux chiffres du nombre d’immatriculations de voitures électriques et hybrides. Le contrat signé en 2018 entre l’État et la filière automobile française (PFA) prévoit l’installation de 100 000 bornes publiques d’ici 2022. Le bureau d’études Xerfi-Precepta estime cependant que seules 50 000 devraient être implantées d’ici là. Mais outre le nombre, c’est aussi la répartition des points de recharge sur l’ensemble du territoire qui doit être optimisée.

D’après l’Observatoire Cetelem de l’automobile, 69 % des Français considèreraient que les bornes sont mal positionnées. Plus de 37 % des points de recharge publics sont en effet concentrés dans trois régions : l’Île-de-France (14 %), l’Occitanie (12 %) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (11 %). Mais dans ces mêmes régions, certains départements restent très mal couverts, comme la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme et la Seine-Saint-Denis, qui disposent de moins de 10 bornes pour 100 000 habitants. Ce déséquilibre constituerait un sujet de préoccupation pour 42 % des Français au moment d’effectuer de longs trajets routiers, d’après un récent sondage Ipsos pour Lease Plan.

Des aides à l’équipement pour encourager les copropriétés

Face à l’essor attendu du véhicule électrique, les initiatives se multiplient pour améliorer le réseau de recharge. Pour aider les usagers à s’y retrouver parmi les différents distributeurs et types d’infrastructure, des cartes dites interopérables recensent les dizaines de réseaux compatibles en France. L’Avere et le ministère de la Transition écologique et solidaire ont lancé le site je-roule-en-electrique.fr, qui affiche les points de charge sur le territoire et propose un simulateur du temps de recharge en fonction du modèle du véhicule. Certains constructeurs aussi facilitent la tâche aux adeptes du véhicule électrique, comme l’application Mercedes Me Charge en Europe ou le site Easyelectriclife de Renault.

Mais les efforts ne se concentrent pas seulement sur le réseau public. Ils concernent aussi les bornes de recharge privées, qui constituent l’immense majorité des installations. En France, les points de charge en libre-service représentent 12 % du nombre de bornes, contre 38 % à domicile et 50 % sur le lieu de travail. Au total, le territoire français comptait plus de 212  000 prises en 2019, dont 120 000 en entreprise et 92 000 chez les particuliers.

Pour les 44 % de Français vivant dans des logements collectifs, l’installation d’une borne de recharge à domicile relèverait encore du parcours du combattant. En effet, malgré l’instauration en 2014 du droit à la prise qui interdit aux copropriétaires de s’opposer à la pose d’une borne dans le parking d’un immeuble, les copropriétés traînent encore des pieds pour s’équiper. Si la loi d’orientation des mobilités (LOM) impose un précâblage de l’infrastructure électrique sur au moins 10 % des places de parking dans les constructions neuves, aucune obligation ne pèse sur les résidences anciennes, hormis celle de passer le sujet à l’ordre du jour en assemblée générale avant 2023. « De nombreuses copropriétés ne sont pas prêtes à en assurer le financement, qui peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros », assure une source anonyme citée par Les Echos.

Certains entreprises comme Zeplug proposent donc de prendre en charge cet investissement, en échange d’une rémunération sur les futurs abonnements. Et pour aider les collectivités et copropriétés à installer des bornes à moindre coût et ainsi accélérer l’élan électrique, de nouvelles mesures ont été annoncées par le gouvernement, comme le dispositif Advenir. Pilotée par Avere-France, cette opération dotée de 20 millions d’euros de budget a déjà financé l’installation de 7 300 points de recharge depuis septembre 2016.

Depuis juillet 2019, elle s’applique également aux copropriétés, qui bénéficient d’une prise en charge de 50 % des frais de précâblage. 3 000 d’entre elles devraient ainsi être équipées d’ici 2022, selon l’Avere. Pour les collectivités, les coûts d’acquisition et d’installation peuvent être pris en charge à hauteur de 40 % dans la limite de 1 860 euros par point de recharge, avec une surprime de 300 euros pour les bornes publiques. De quoi convaincre les 98 % d’automobilistes français roulant encore à l’essence ou au diesel ?