La prochaine présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a officialisé la création d’un fonds pour aider les territoires dépendants des énergies fossiles à s’en détacher. Dans le même temps, la Banque européenne d’investissement (BEI) ne financera plus les projets liés à ces énergies d’ici 2020.

L’exécutif de l’Union européenne se montre résolu à réduire drastiquement le recours aux combustibles fossiles au sein des pays membres. La présidente désignée de la Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen, qui prendra ses fonctions début novembre 2019, s’était engagée, lors de son discours devant le Parlement européen précédant son élection, à faire du climat une priorité de son mandat.

Un fonds de transition pour accompagner les pays dépendants des énergies fossiles

Chose promise, chose due. En visite officielle à Varsovie le 25 juillet 2019, Ursula von der Leyen a annoncé la création d’un fonds d’investissement baptisé « Just Transition Fund ». Il aura pour objectif d’aider les zones dépendantes des énergies fossiles à fournir un « énorme investissement » et à « accroître la part des nouvelles technologies et des nouveaux emplois » pour amorcer leur transition.  

Une main tendue pour les États dont l’économie repose en grande partie sur l’industrie du charbon, comme la Pologne, qui en tire encore 82% de son électricité. Au sud-ouest du pays, dans la région de Silésie, plus de 500 000 foyers vivent des activités liées à son extraction et à sa transformation.

Abandonner le charbon : problématique pour la Pologne

En juin dernier, les 28 dirigeants de l’UE avaient échoué à s’entendre sur l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2020 dans l’UE, en raison de l’opposition de plusieurs pays de l’Est, dont la Pologne. Pour Varsovie, la transition énergétique ne devrait pas se faire au détriment de la compétitivité des pays, dont la situation propre doit être prise en compte. Estimant le coût de sa transition énergétique à près de 900 milliards d’euros, la Pologne a sollicité une aide auprès de l’UE. L’exemple polonais n’est pas un cas isolé. En Allemagne, 38% de l’électricité consommée provient du charbon, selon l’institut des sciences appliquées Fraunhofer-Gesellschaft. Le secteur emploie par ailleurs 30 000 personnes au global. Le Fonds entend ainsi répondre au besoin d’accompagnement de ces pays qui redoutent des préjudices économiques et sociaux. 

Ailleurs dans l’Union, la transition vers une production d’électricité décarbonée est en marche. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le charbon représentait en 2018 20% du mix électrique de l’UE – contre 30% en 2000. En France, il ne représentait que 2,3% du parc de production électrique fin 2018. Le projet de loi énergie et climat adopté jeudi 25 septembre par le Parlement prévoit une fermeture des 4 dernières centrales à charbon d’ici 2022. Un accompagnement spécifique est prévu pour les salariés des centrales concernées ainsi que leurs sous-traitants à travers un “pacte territorial de transition écologique et industrielle”. Près de 670 emplois directs et 740 emplois indirects sont concernés. 

La BEI adapte sa stratégie de financement

La Banque européenne d’investissement est également résolue à soutenir la transition énergétique européenne. Dans sa nouvelle stratégie de financement, publiée le 26 juillet 2019, elle a ainsi fait part de sa volonté de ne plus financer les projets concernant les énergies fossiles à partir de fin 2020. 

Si cette décision recevait l’aval des dirigeants de l’UE, elle représenterait un tournant majeur dans la politique de prêt de l’institution financière. Selon l’ONG Les Amis de la Terre, la BEI aurait octroyé 7,9 milliards d’euros de prêts à des projets de ce type entre 2015 et 2018, soit 21% du total de ses prêts au secteur de l’énergie.

Les dirigeants de la BEI ont de fait pris en compte les desiderata de la société civile, et ont décidé de changer de paradigme, ainsi qu’on peut le lire dans le rapport publié par la Banque sur sa politique énergétique : “Bien qu’elle comprenne totalement le rôle que les énergies fossiles continueront de jouer dans les systèmes énergétiques européens pour au moins la prochaine décennie, la banque fournit une plus grande additionnalité en se concentrant sur les défis et les besoins d’investissement de plus long terme du secteur de l’énergie“.

Une « banque du climat » pour l’UE

Cette stratégie doit encore être validée par les États de l’UE, tous actionnaires de la BEI, le 14 novembre prochain. Sa transformation en véritable « banque du climat », selon les vœux du président français Emmanuel Macron, pourrait, en cas d’accord, être définitive.

La BEI a d’ores et déjà identifié quatre axes prioritaires pour soutenir la transition énergétique européenne. À savoir, l’efficacité énergétique de l’immobilier résidentiel, le renforcement des renouvelables, l’investissement dans les technologies bas carbone et le développement des infrastructures énergétiques.