Pour assurer sa transition énergétique et réduire sa dépendance au pétrole, la Tunisie vient de lancer un grand plan de développement des énergies renouvelables et des smart grids. 91 millions d’euros seront investis en partenariat avec la France d’ici 2020 pour déployer des compteurs électriques communicants et rendre le réseau tunisien plus intelligent.

La COP 21 a été l’occasion pour de nombreux pays de prendre en compte l’urgence climatique. La Tunisie fait partie de ceux-là. Peu de temps après la rencontre internationale, le pays a entamé sa transition énergétique. Dans son plan national présenté aux Nations-Unies en 2015, le pays se proposait de “réduire ses émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs (énergie, procédés industriels, agriculture, forêt et autres utilisations des terres, et déchets) de manière à baisser son intensité carbone de 41% en 2030 par rapport à l’année de base 2010”.

L’intensité carbone est calculée comme le rapport entre le total des émissions de gaz à effet de serre et le PIB à valeur constante. En l’occurrence, le Plan Solaire Tunisien (PST) est le dispositif clé de l’ambition qui vise à réduire ses émissions de gaz à effet de serre tout en développant son PIB. Le pays vise ainsi l’installation de 1 000 MW de puissance photovoltaïque supplémentaire à l’horizon 2020, grâce à une politique volontariste centrée sur des centrales de grandes tailles (100 MW), dans le sud-Tunisien. La Société Tunisienne d’Électricité et du Gaz (STEG) vise un total de 8 000 MW de puissance solaire (photovoltaïque et thermodynamique confondus), a déclaré le Khaled Kaddour, ministre tunisien de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables, pour le site African Manager.

Equiper 10% de la Tunisie en compteurs communicants dès 2020

Mais, pour réussir sa transition vers des énergies renouvelables, notamment photovoltaïques, la Tunisie a besoin de moderniser son réseau électrique, et de le rendre davantage communicant, afin de répondre à l’intermittence du solaire et d’optimiser l’utilisation de l’énergie produite.


Dans ce cadre, le pays a lancé en 2017 un grand projet « Smart grids », en partenariat avec la France, dans le cadre du plan d’investissement 2017-2020, avec un accompagnement du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).

La première phase de ce plan, chiffrée à 91 millions d’euros, consiste dans le déploiement de compteurs communicants sur une zone test autour de Sfax : 400 000 compteurs nouvelle génération seront installés, correspondant à 10% des abonnés tunisiens au niveau national. Ce déploiement se déroulera entre 2018 et 2020 ; à partir de 2020 démarrera la seconde phase du plan, concernant les 90% de compteurs restants.

 

Soutien financier de la France

Cette première phase sera financée par un prêt souverain de 90 millions d’euros pour permettre l’installation de ces 400 000 compteurs ; une subvention d’1 million d’euros y sera ajoutée, pour assurer le bon déroulé du projet (préparation, appel d’offre, évaluation des offres, mise en œuvre, formation des équipes).

Ce déploiement à grande échelle vise trois objectifs principaux. Le premier est l’intégration des énergies renouvelables sur le réseau électrique tunisien, permettant de soutenir la transition énergétique et la lutte contre le changement climatique.

Le second est de contribuer au lissage de la courbe de charge en agissant sur la demande en énergie, en proposant notamment des incitations tarifaires au décalage de la consommation ou à l’effacement en fonction des besoins et contraintes du réseau.

Le troisième est de lutter contre la fraude, et ainsi réduire les pertes non techniques, et d’« améliorer l’efficacité commerciale de la STEG par l’adoption d’un nouveau système de facturation et la réduction des impayés  ». Les compteurs communicants permettent en outre à la STEG de mieux encadrer les fraudes et d’absorber le coût des investissements pour la transition durable. Dans ce grand plan de transition, la Tunisie et la France travaillent de manière étroite. Cette dernière apporte ainsi le soutien d’entreprises, de techniciens et d’investisseurs à son partenaire. Il est enfin prévu que la STEG élargisse le nombre des parties prenantes au début du mois d’avril prochain à Paris.