La consommation des bâtiments représente le plus grand enjeu de la transition énergétique française. En effet, avec 120 millions de tonnes de CO2 par an, elle représente près du quart des émissions de dioxyde de carbone hexagonales et 15 milliards d’euros d’importations de gaz et de pétrole. Le « facteur 4 » (la division par 4 des émissions à horizon 2050) que la France s’est engagée à respecter passe donc nécessairement par la rénovation thermique des bâtiments peu efficients et l’introduction de seuils de performance élevés pour le bâti neuf. Devançant l’obsolescence future des critères BBC (Bâtiment basse consommation), certains acteurs du bâtiment se sont attachés à renverser le paradigme actuel du bâti en transformant les constructions en sources d’énergie : c’est le bâtiment à énergie positive, aussi nommé Bepos.

Bepos-Effinergie : Un phénomène participant à la dynamique de la croissance verte

Phénomène marginal ou réelle dynamique ? La création du label Bepos-effinergie par l’association Effinergie en 2013 avait, en rassemblant les bâtiments à énergie positive (Bepos) dans une dénomination et des normes communes, enclenché le mouvement. Aujourd’hui, la carte de France des bâtiments à énergie positive et les réalisations de grands industriels français comme le Green Office démontrent une effervescence non feinte du secteur. Selon Bouygues, premier acteur du BTP français, il s’agirait même d’une tendance lourde. L’opérateur BTP devrait ainsi en « quelques années parvenir à 50 % de bâtiments à énergie positive dans (ses) réalisations ». François Moisan, directeur exécutif de la stratégie et de la recherche à l’Ademe, parle lui de 100 % de bâtiments à énergie positive d’ici 2020 pour le neuf – via la Réglementation Thermique 2020 en cours de préparation. Pour ce qui est des bâtiments publics neufs, la dernière version du projet de loi de transition énergétique précise qu’ils devront être « exemplaires au plan énergétique et, chaque fois que possible, à énergie positive ».

Les Bepos, atouts majeurs de l’entreprise durable et outils de communication

Au-delà des gains écologiques qui ont motivé le développement des Bepos, les différents occupants y trouvent plusieurs avantages. Les bureaux à énergie positive permettent aux entreprises de réaliser des gains en termes d’image significatifs. « Emménager dans un Bepos est lourd de symbole. En décidant d’être la première SSII française à s’installer dans ce type de bâtiments, Steria apporte la preuve de son engagement en matière environnementale », a ainsi affirmé Eric Mazoyer, directeur général de Bouygues Immobilier. De même, en s’installant dans le plus grand bureau à énergie positive de France, le Green Office Reuil, Unilever a fait se déplacer le premier ministre Laurent Fabius (qui présidera la COP21) et les médias en plus d’économiser « 900.000 kwH par an ». Un engouement qui se mesure sur tout le territoire avec de grands projets comme le siège social de la Caisse d’Epargne Aquitaine Poitou-Charentes à Bordeaux ou encore les Aqueducs à Sophia Antipolis.

Réduction de la précarité énergétique et confort d’utilisation

Les Bepos permettent également des économies substantielles, pour les charges des entreprises tout comme pour les factures des particuliers, et notamment ceux en proie à la précarité énergétique. L’avantage économique, avec une facture d’électricité de 96 centimes par mois selon Ségolène Royal, est alors évident, surtout pour les logements sociaux. Un intérêt qui s’est déjà concrétisé en de multiples endroits, que ce soit en Bretagne, à Paris et sa banlieue ou encore en région Centre. Quant aux personnes non concernées par la précarité énergétique, elles pourraient être attirées par les gains en termes de confort et de valeur patrimoniale que représentent les maisons à basse consommation, comme le rappelle Brice Mallié, chef de projet « rénovation énergétique » à The Shift Project. Pour lui, « le discours (…) autour des économies sur la facture d’énergie n’est pas efficace. Il faut changer le discours. Il doit devenir : « modernisez votre logement pour le valoriser ». Il faut jouer sur les notions de confort supplémentaire et de bien-être, des notions qui comptent aux yeux des gens ».

Les smartgrids au cœur de l’intégration des Bepos dans la ville durable

Les bâtiments à énergie positive (Bepos) sont autant de bâtiments participant à la production décentralisée d’électricité qu’il faudra intégrer au réseau de distribution pour bénéficier des surplus d’énergie produits. Leur multiplication annoncée invite les gestionnaires de réseau à faire évoluer leurs métiers et à élaborer les solutions techniques associées au passage d’une distribution d’électricité unidirectionnelle (du producteur au consommateur) à une distribution bidirectionnelle. En effet, l’injection d’électricité dans le réseau par les Bepos se caractérise par l’intermittence associée aux énergies renouvelables mais aussi de leur propre consommation, que les gestionnaires de réseau devront également prendre en compte pour garantir la sécurité et la qualité de l’acheminement en électricité. Dans ce cadre, le développement des réseaux intelligents, les « smart grids », et des compteurs intelligents tels que Linky prend tout son sens.