Face aux changements climatiques et aux événements météorologiques extrêmes, les gestionnaires du réseau électrique français ont progressivement repensé leurs modes opératoires. S’appuyant sur les enseignements de la tempête de 1999, ils ont notamment mis en place des brigades d’intervention rapide et redimensionné leurs installations afin de renforcer la résilience du réseau. Un atout précieux en pleine pandémie du Covid-19, à l’heure où l’alimentation électrique est plus nécessaire que jamais, en particulier pour les hôpitaux.

Les tempêtes Lothar et Martin qui ont balayé la France les 26 et 27 décembre 1999 ont laissé une empreinte profonde sur le territoire…ainsi qu’une trace indélébile dans la mémoire des Français ! Aux 92 morts se sont ajoutés des dégâts matériels considérables. Près de 4 millions de foyers se sont notamment retrouvés privés d’électricité pendant plusieurs jours.

20 ans après, un événement d’une telle ampleur aurait-il le même impact sur le réseau électrique ? Il est probable que non, pour de multiples raisons. L’évolution technologique, d’une part, a permis aux services de Météo France de revoir les techniques de prévision. Leurs nouvelles capacités de diagnostic permettent ainsi à RTE et Enedis, en charge de la gestion du réseau, de mieux anticiper les conséquences éventuelles sur leurs installations. L’enseignement de la tempête a surtout conduit dès 2000 à la mise en place d’une Force d’intervention rapide électricité (FIRE) chez EDF, et aujourd’hui Enedis.

Evolution technologique

Mobiles et entraînés pour faire face aux événements climatiques exceptionnels, les 2 500 électriciens qui composent ces brigades d’intervention se sont illustrés récemment lors des tempêtes du mois de décembre dernier en rétablissant rapidement le courant. Le mois précédent, ces équipes avaient déjà été mises fortement à contribution. La tempête Amélie dans le Sud-Ouest, puis les fortes chutes de neige en région Auvergne-Rhône-Alpes et enfin l’épisode méditerranéen dans le Var, les Alpes-Maritimes et le Vaucluse avaient privé, au total, près de 500 000 foyers en électricité. Dans les trois jours ou moins, 90 % des usagers avaient été « réalimentés ». 

Si les phénomènes météorologiques violents et leurs récurrences apparaissent aujourd’hui comme une évidence, la minimisation de leurs conséquences sur le réseau trouve aussi une réponse dans l’enfouissement des lignes électriques. Cela fait partie des enseignements tirés des événements de l’hiver 1999. Les gestionnaires ont en effet accéléré les opérations consistant à enterrer les lignes existantes depuis les années 2000. Résultat : près de la moitié des lignes moyenne et basse tensions sont aujourd’hui en souterrain. Mieux : 98% des créations de lignes nouvelles se font désormais en sous-sol. 

Un réseau désormais piloté à distance

En 20 ans, les innovations technologiques ont permis aux gestionnaires du réseau de mieux prévoir les aléas météorologiques et climatiques, tout en repensant leurs infrastructures de réseau. Elles leur ont aussi offert la possibilité de rétablir le courant sans avoir à intervenir physiquement. Des investissements conséquents ont été nécessaires pour déployer ce tout nouveau dispositif. Enedis a par exemple mis en place une trentaine de tours de contrôle sur ses lignes moyenne et basse tension afin de pouvoir piloter à distance l’acheminement électrique. En cas de coupure sur le réseau moyenne tension, le gestionnaire de réseau peut ainsi aiguiller la fourniture de courant par une seconde ligne – une sorte d’« itinéraire bis » – et ainsi rétablir à distance la connexion. « Lors de la tempête Fabien, on a parlé d’environ 100 000 foyers privés d’électricité. Ce qui n’est pas dit, c’est que 200 000 autres foyers coupés ont retrouvé l’électricité en quelques minutes grâce à l’un de ses aiguillages », souligne Enedis. Une opération qui n’aurait évidemment pas été possible lors des deux tempêtes de 1999 et qui participe désormais à renforcer la résilience du réseau.

Une possibilité qui se révèle particulièrement utile en cette période de déconfinement et qui s’appuie techniquement sur l’installation du compteur Linky. Il est ainsi possible de garantir la continuité de l’alimentation électrique tout en préservant la santé des équipes d’intervention. « Il permet notamment d’effectuer les mises en service à distance. Sans cet outil, nous sommes obligés de dépêcher des équipes sur place. » souligne Hervé Champenois, directeur de crise chez Enedis. 

Les compteurs Linky donnent par ailleurs à Enedis une visibilité accrue sur l’état du réseau, en « remontant » régulièrement des informations techniques sur l’état des lignes basse tension. Les équipes déployées peuvent ainsi mieux cibler leurs interventions, et réparer les pannes plus rapidement. Des capteurs et objets connectés, que l’on peut interroger à distance, sont en cours de déploiement à travers différentes infrastructures comme les transformateurs, les poteaux, parafoudres, etc. Enfin, Enedis expérimente des programmes basés sur l’intelligence artificielle pour anticiper le plus à l’avance possible les pannes sur les réseaux et anticiper les opérations de maintenance.