Dans le plan de relance français, le volet consacré à la transition écologique occupe une place centrale, avec 30 milliards d’euros d’investissement prévus. L’objectif de ce volet vert est d’avoir un spectre large, en ciblant les transports, le bâtiment, l’énergie/industrie et l’agriculture. Au moment de ventiler ces budgets, il n’est pas inutile de faire le point sur la façon dont les data peuvent se mettre au service de la transition énergétique. Par Aymeric Bourdin, Délégué Général de Réseau Durable. 

Avec les smart grids, les objets connectés et le big data, les acteurs de l’énergie disposent aujourd’hui d’une quantité exponentielle de données. Correctement valorisée, la data constitue un avantage concurrentiel pour les entreprises face aux besoins évolutifs de leurs clients. Plus globalement, elle peut servir de tremplin à toute organisation privée ou publique pour accélérer la transition énergétique. Mais pour cela, il faut que la donnée soit disponible. Bien entendu, le contexte d’ouverture des données s’accompagne d’une exigence accrue sur leur protection, en particulier depuis l’entrée en vigueur du règlement européen sur la protection des données (RGPD).

Grâce à l’open data, des données détenues par le secteur public sont accessibles. En matière d’énergie, il s’agit de la consommation et de la production d’énergie annuelles, par énergie et par secteur, à la maille IRIS (agrégats de 2000 habitants). En tant que tiers de confiance, les gestionnaires de réseau sont mobilisés pour mettre à disposition des consommateurs, des collectivités et des acteurs de l’écosystème qui en ont besoin des données qualifiées et hautement sécurisées. Suite au décret paru à l’été 2016, ces données ont été mises en ligne et continuent à être enrichies progressivement. Les collectivités et régions, quant à elles, utilisent ces données pour leurs démarches de planification énergétique et d’aménagement du territoire.

Ces data permettent en effet de construire des modèles d’analyse et de prédiction performants. Elles favorisent à ce titre la gestion des réseaux et l’optimisation des consommations énergétiques. Si les gestionnaires de réseau ont aujourd’hui leur propre portail d’open data « énergie », demain, d’autres plateformes de données vont émerger, notamment du côté des collectivités.

Des données énergétiques plus accessibles

La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) et ses décrets d’application facilitent depuis 2015 l’accès aux données provenant des systèmes de comptage des gestionnaires de réseaux. Elle invite depuis plusieurs années les collectivités à exploiter ces données de la manière la plus fine, en les croisant avec d’autres informations pour en optimiser la pertinence. 

Cela s’applique par exemple à la précarité énergétique. En croisant des données sur la consommation des ménages, avec des informations sur les logements ou les revenus, les collectivités ont toutes les informations disponibles pour effectuer un premier diagnostic de ce phénomène sur leur territoire. 

Pour les collectivités, cette exploitation répond à plusieurs enjeux. Assurer un diagnostic, planifier des politiques énergétiques ou encore suivre l’effet de leurs actions sur les émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, les collectivités doivent pouvoir s’appuyer sur des données fiables, suffisamment précises, relatives aux consommations et aux productions d’énergie sur leur territoire. 

De nombreux avantages pour les collectivités

Parmi les bénéfices que peuvent retirer les collectivités locales de cette ouverture, mentionnons l’augmentation des données énergétiques mises à disposition, la disponibilité des données à une échelle géographique plus fine, parfois jusqu’au niveau infra communal, ainsi que des formats de données homogènes.

A ce titre, mentionnons l’exemple des compteurs communicants, qui constituent le premier parc d’objets connectés en France, et qui permettent aux collectivités de mieux cibler leurs opérations de rénovation énergétique. En disposant de données anonymisées et agrégées à la maille d’une commune, d’une rue, d’un ensemble de lycée ou d’hôpitaux, il est possible de voir s’ils consomment de manière normale ou atypique pour mieux cibler les opérations de rénovation énergétique, qui sont au cœur de la relance verte.

Réaliser un diagnostic des niveaux de consommation, identifier les ménages en situation de précarité́ énergétique mais aussi comptabiliser une partie des gaz à effet de serre, autant de caractéristiques qui permettent de déterminer un profil énergétique de territoire. A travers la construction de scénarios plus précis, l’analyse des données contribue à définir des objectifs chiffrés de réduction des consommations ainsi qu’à évaluer les progrès réalisés.

Les données énergétiques, une aide à la planification

A titre d’exemple, l’objectif de réhabilitation des centres-villes et des commerces de proximité peut largement s’appuyer sur la donnée. Des données socio-démographiques sur l’habitat, le logement, les commerces, l’offre culturelle, la mobilité, mais aussi sur l’énergie et sa transition vers de nouveaux modèles sont mobilisées pour le programme « Action Cœur de ville » engagé par le Ministère de la Cohésion des Territoires. Lancé dans 222 villes moyennes, ce dernier vise à redonner attractivité et dynamisme à leurs centres ville. 

Dans ce cadre, en matière de réhabilitation de l’habitat, Enedis est amené à accompagner les diagnostics de précarité énergétique pour faire bénéficier les collectivités d’une meilleure cartographie des zones sensibles et des facteurs de risques. C’est le cas à Chaumont en Haute-Marne, où des actions relevant du programme visent à détecter la vétusté et la consommation des bâtiments du centre-ville. Autre exemple : Lunéville en Meurthe-et-Moselle, qui cherche à optimiser l’implantation de ses installations d’énergies renouvelables et à se doter de bornes de recharge pour véhicules électriques. 

Mais aussi, le Parc naturel régional des Grands Causses, où un important volet énergétique du Schéma de cohérence territoriale a été construit grâce aux données issues du Plan Climat Air Energie réalisé en 2009. Des objectifs chiffrés par filière et une carte d’implantation des projets éoliens, photovoltaïques et hydroélectriques ont été établis dans ce cadre. Avec ces données, les consommations réelles pourront être confrontées aux objectifs fixés et la nouvelle stratégie énergétique du territoire pourra être ajustée. 

Grâce à la révolution des données, des projets concrets se multiplieront à l’échelle locale dans les années à venir. Ils contribueront en grande partie à la relance de l’activité dans le contexte sanitaire actuel.