Nice Smart Valley, le démonstrateur français du projet européen Interflex, se lance dans une nouvelle phase consacrée aux retours d’expérience. L’objectif: développer la flexibilité à partir des données acquises depuis le début du projet.

Nice Smart Valley est entré, en janvier 2019, dans sa troisième et dernière année. Après une année 2018 consacrée au déploiement grandeur nature des solutions de flexibilité électrique, l’heure est aux mesures et au retour d’expérience pour le démonstrateur français d’Interflex.

Moduler sa consommation en fonction des besoins du réseau

Deux projets de Nice Smart Valley visent ainsi à contrôler la consommation électrique en fonction des besoins du réseau. Le premier est piloté par EDF, qui a recruté plus de 200 clients particuliers et une dizaine d’entreprises.

L’ensemble de ces clients se sont engagés à modifier leurs habitudes. En cas de pointe de consommation, le réseau leur envoie un signal pour les inciter à limiter leur utilisation d’électricité. À l’inverse, quand l’électricité est produite en surplus, un signal les encourage à privilégier les tâches nécessitant une forte puissance électrique. Le projet est opérationnel depuis l’automne 2018.

Le second projet est porté par ENGIE, qui a proposé à des clients de piloter leur consommation en fonction des besoins du réseau, tout en leur garantissant le même confort.

Un projet V2H avec un client industriel

Nice Smart Valley expérimente aussi à échelle réelle un dispositif de Vehicle-to-Home (V2H), dans la technopole urbaine de Nice Méridia. Le principe est le même que le Vehicle-to-Grid (V2G), mais à l’échelle d’un unique bâtiment (considéré comme un microréseau) : utiliser les batteries de véhicules électriques comme une source de stockage et d’alimentation dudit bâtiment. Si Mitsubishi a déjà testé le V2H avec succès au Japon et en Allemagne (au point de prochainement l’industrialiser), Nice Smart Valley est la première expérimentation de cette technologie en France.

Ce V2H est testé au sein d’une entreprise disposant d’une flotte d’une dizaine de véhicules électriques : Nice Smart Valley a équipé le bâtiment de bornes de recharge bidirectionnelles, auxquelles sont branchées les VE.

Les batteries des VE sont ainsi chargées hors des périodes de forte demande sur le réseau local, en particulier dans les moments où l’électricité est produite en surplus. Et, si le réseau prévoit une contrainte, il demande au bâtiment de s’alimenter grâce aux batteries des VE, et non plus par le réseau, offrant une flexibilité à ce dernier.

e-flex, le portail dédié au pilotage des flexibilités

Ces trois projets ont bénéficié du même portail numérique, développé par le gestionnaire de réseau Enedis. Baptisé e-flex, il permet d’enregistrer les clients ayant adhéré au démonstrateur, et de gérer en temps réel les offres et demandes de flexibilité. Ce portail enregistre également les effets de ces nouvelles flexibilités sur le réseau.

E-flex permet aux agents d’Enedis d’anticiper une contrainte à venir sur le réseau : ils contactent alors les acteurs de marché enregistrés dans le portail pour qu’ils puissent répondre avec des offres de flexibilité (effacement ou augmentation de la consommation sur une plage horaire donnée). Enedis estime ensuite la pertinence de ces offres et, le cas échéant, demande leur mise en œuvre à l’agrégateur, qui active ensuite ces flexibilités chez ses clients. Depuis septembre 2018, environ 50 activations de flexibilité ont été réalisées.

Îlotage : belle réussite du stockage dans les îles de Lérins

Sur le front du stockage de l’électricité, Nice Smart Valley a expérimenté l’îlotage, dans les îles Lérins. Sur ce territoire insulaire, Enedis a décidé d’installer des unités de stockage d’électricité en lieu et place des générateurs diesel polluants, utilisés jusqu’ici pour produire de l’électricité en cas de coupure avec le réseau national.

Deux batteries Lithium-Ion (une de 250kW et une de 100kW), fournies par Socomec, ont ainsi été installées sur l’île Sainte-Marguerite. Le 13 mars 2019, Nice Smart Valley a simulé un incident sur le câble sous-marin unique qui relie les îles au réseau national : la première batterie a pris le relais avec succès, ne générant aucune gêne ou contrainte pour les habitants de l’île.

La seconde batterie a été mise en service en avril 2019 : reliée à la première par un outil de communication sans fil, elle augmente la capacité de réaction du réseau local à une coupure avec le réseau national. Des essais d’îlotage de plus grande ampleur seront ainsi réalisés dans le courant de l’année 2019.

Chaudière hybride et cogénération pour gagner en réactivité

Nice Smart Valley a également mis en place un système de chaudière hybride (gaz électrique) sur un gymnase, à Carros : en fonction des besoins du réseau, ce dernier commande au gymnase de basculer de l’une à l’autre des méthodes de chauffage.

Une centrale de cogénération a enfin été installée sur le site Horizon de Schneider Electric à Carros : produisant à la fois de l’électricité et de la chaleur, par combustion du gaz, elle offre une réactivité élevée, de l’ordre de la minute, et permet d’ajuster en temps réel les rapports entre offre et demande d’électricité au niveau local.

L’ensemble de ces expérimentations se poursuivront tout au long de l’année 2019, avant un bilan, courant 2020, avec les cinq autres démonstrateurs européens réalisés dans le cadre du projet Interflex. Il s’agira alors de mettre en avant les technologies qui pourront être industrialisées ou déployées sur d’autres sites.