Récemment classée cinquième ville la plus smart du monde, Helsinki, la capitale de la Finlande, a développé son offre numérique avec deux lignes de force : réduire la consommation énergétique et impliquer les citoyens pour leur proposer des solutions qui leur correspondent.

L’Eden Strategy Institute a publié durant l’été 2018 un palmarès mondial des villes intelligentes : si les quatre premières sont des mégalopoles à l’image résolument smart (Londres, Singapour, Seoul, New York), la cinquième est une « petite » ville de 640 000 habitants, Helsinki, capitale de la Finlande, un pays à la puissance économique bien moindre que le Royaume-Uni, la Corée du Sud ou les Etats-Unis.

La neutralité carbone pour 2030

Cette place est pourtant largement justifiée, tant la municipalité d’Helsinki s’est lancée, avec détermination, dans une politique smart city ambitieuse. La capitale de la Finlande s’est fixée un double objectif: l’un énergétique, l’autre sociétal. Le premier est d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2030, le second de devenir « la ville la plus fonctionnelle du monde ».

La ville s’est ainsi équipée de smart grids, afin d’intégrer davantage d’énergies renouvelables (EnR) et de réduire sa consommation électrique. L’efficacité énergétique des bâtiments est au cœur de la stratégie d’Helsinki, avec une politique de rénovation ambitieuse et des normes drastiques dans le neuf. Les toits se couvrent de panneaux photovoltaïques, l’éclairage public a été converti aux LED intelligentes, et la municipalité multiplie les bornes de recharge et les politiques incitatives à la mobilité électrique.

Devenir la ville « la plus fonctionnelle du monde »

Du côté du bien-être, l’obsession des équipes municipales est de faire gagner du temps aux habitants – une heure par jour est l’objectif fixé par Helsinki : « Quand des entreprises viennent nous voir avec une idée ou un produit, on leur demande toujours comment cela va libérer du temps aux gens », détaille Veera Mustonen, une membre du Forum Virium, le département d’innovation de la ville d’Helsinki.

Pour aider à atteindre cet objectif, les habitants sont invités à s’impliquer, via une plateforme de co-création ; la ville a également multiplié les espaces d’information, de formation ou de travail partagé, ainsi que les hubs d’entreprises ou de start-up.

Une stratégie smart city s’appuyant sur plusieurs niveaux de gouvernance

Une gouvernance souple des projets smart city permet à Helsinki d’atteindre un taux de succès proche des 100%. « Les différents projets smart city d’Helsinki sont menés au niveau du district, de la zone métropolitaine, de la ville, de l’Etat et de la région, ce qui favorise la résilience en cas de changements de personnel ou d’orientation budgétaire » à l’un de ces niveaux de compétence, souligne l’Eden Strategy Institute.

Mais la stratégie d’Helsinki s’étend même au-delà de la ville elle-même, puisque la capitale a créé une fédération, regroupant les six plus grandes villes de Finlande (soit un Finlandais sur trois), la Six Strategy City, afin d’échanger expériences, solutions et bonnes pratiques.

Kalasatama, un éco-quartier emblématique de l’ambition d’Helsinki

L’éco-quartier de Kalasatama, en construction en périphérie de la ville, pousse encore plus loin cette logique. Cet espace de vie, de travail et d’habitation se veut exemplaire d’une smart city responsable, durable et proche des futurs 25 000 habitants qui le peupleront, à son achèvement, en 2030.

Chaque bâtiment de Kalasatama fonctionne selon un système d’autoconsommation collective. Ils sont ainsi équipés de panneaux photovoltaïques et sont reliés au smart grid du quartier, afin de mutualiser l’électricité produite et consommée par l’ensemble des immeubles. Tous les bâtiments du district sont connectés au réseau urbain de chauffage et climatisation alimentés par des pompes à chaleur récupérant l’énergie des eaux usées de la ville.

« Un partenariat public-privé-population »

« Nous ne voulons pas juste faire des économies d’énergie : nous voulons nous centrer sur l’humain, la qualité de vie, les usages, créer un esprit de communauté » expose Veera Mustonen. Pour ce faire, Kalasatama propose notamment un parc de logement modulable : chaque immeuble est composé d’appartements de taille et de standing variés, afin d’assurer une mixité sociale et générationnelle ; les cœurs d’îlots sont des jardins ouverts à tous les habitants du quartier. Mieux : certaines parcelles ont été réservées à des coopératives d’habitants, qui peuvent définir ensemble leur propre projet immobilier.

La ville a également lancé des programmes permettant à la population d’expérimenter les solutions développées par les start-up de l’écosystème, afin d’impliquer pleinement les habitants dans le développement du quartier : « C’est un partenariat public-privé-population : nous sommes là pour accompagner les grands groupes, les start-ups, faciliter leurs expérimentations, les mettre en relation avec les services de la Ville, les centres de recherche, mais en incluant toujours les citoyens, qui sont co-créateurs et testeurs de toutes les innovations », se félicite Veera Mustonen.

Helsinki s’impose ainsi comme une ville à taille humaine, où l’innovation est toujours pensée pour être écologique et profitable aux habitants, dans un esprit participatif et durable.

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