Les terroristes n’auront pas eu raison de la COP21 qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre prochain à Paris, sur le site du Bourget. Seules quelques manifestations en plein air, où la sécurité des participants ne peut être assurée, sont annulées mais l’essentiel des manifestations sont maintenues. Ce sont ainsi 138 chefs d’Etat et de gouvernement qui sont attendus à Paris, le 30 novembre, pour l’ouverture de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques.

A ce jour, 170 Etats ont annoncé leur plan national de lutte contre le changement climatique, représentant plus de 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pour Laurent Fabius, Ministre des affaires étrangères et Président de la COP21, « le processus des contributions nationales est une première dans l’histoire des négociations climatiques. C’est une solide base pour le succès indispensable à Paris.” Mais toutes les contributions ne se valent pas. Le 23 novembre, le Qatar a publié sa contribution qui ne contient ni chiffres ni ambition de réduction des émissions de CO2.

Quelques jours plus tôt c’était l’Arabie saoudite qui dévoilait ses objectifs, Ryad souhaite éviter l’émission de 130 millions de tonnes par an (ce qui représente environ un quart de ses émissions actuelles) d’ici 2030 mais conditionne cet objectif à “une économie qui continue à se diversifier et croître” et à “une part importante des revenus pétroliers à l’export dans l’économie nationale”. Dans le même temps, l’Union européenne se fixe des objectifs ambitieux en s’engageant à réduire de 40% ses émissions d’ici 2030. Parmi les pays les plus vertueux, le Costa Rica produit 100% de son électricité à partir de sources renouvelables et promet d’être le premier pays neutre en carbone d’ici 2021.

Des rapports alarmistes mettent la pression sur la COP21

La COP21 intervient alors que vient d’être publiée une « cascade de rapports alarmistes ». Ainsi, le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), une agence scientifique, a annoncé que l’atmosphère terrestre avait franchi la barre des 400 ppm (particules par million) de CO2, un seuil symbolique jamais atteint depuis le commencement des mesures. Outre-Manche, la Royal Meteorological Society, à l’aide des données récoltées entre janvier et septembre 2015, a annoncé « que la température globale de la surface de la Terre montre pour la première fois un réchauffement de plus d’1°C par rapport aux niveaux pré-industriels ». Enfin, l’institut Climate Central a publié un rapport sur les effets de la montée des eaux sur les mégalopoles côtières tandis que la Banque Mondiale avançait l’idée que l’inaction climatique pourrait entrainer 100 millions de personnes dans la pauvreté d’ici 2030.

La pré-COP a préparé le terrain pour une COP21 concluante

Du 8 au 10 novembre, Laurent Fabius a rassemblé au Quai d’Orsay les ministres de 70 pays afin de poursuivre la dynamique politique et diplomatique engagée cette année pour le succès de la COP21. Cette pré-COP visait à « explorer les compromis possibles et d’amener les ministres à donner une impulsion et une vision politique pour la dernière ligne droite ». Les rassemblements précédents, comme celui de Bonn, où a été négociée une première ébauche d’accord, n’avaient réuni que des délégations diplomatiques excluant les différents ministres en charge. Aussi, la pré-COP a été l’occasion d’inclure la société civile dans le débat; plusieurs représentants de grandes ONG internationales se sont entretenus avec le collège de ministres en amont de l’évènement.

Dans la mesure où la COP21 sera courte, la « pré-COP » a pour but de faciliter la conclusion d’un accord en travaillant sur les différents points de divergences qui existent toujours quant au contenu de l’accord qui sera signé au Bourget. Dans ce cadre, l’« équité », l’« ambition de l’accord », l’objectif zéro émissions, l’inclusion d’un mécanisme de révision des engagements des États en matière de réduction d’émissions et la finance climatique ont été abordés durant ces trois jours de travail. Laurent Fabius, qui présidera la COP21, a d’ores et déjà déclaré que « des avancées ont été constatées » sur ces deux derniers points. Pour le ministre des Affaires étrangères, « une étape importante » a été franchie avec la pré-COP, celle-ci ayant marqué « la confirmation d’une volonté partagée de parvenir à un accord universel en décembre à Paris ».

L’optimisme de Laurent Fabius devant les avancées de cette pré-COP confirme la conjoncture favorable pour un accord post-Kyoto à Paris. En effet, le Président François Hollande a récemment obtenu le « soutien de Pékin » sur la question climatique. Barack Obama a, après 7 ans de procédure, rejeté le permis de construire du projet d’oléoduc Keystone XL, infrastructure emblématique de la lutte de la société civile contre les hydrocarbures. Enfin, le climato-sceptique Stephen Harper a été remplacé par le libéral Justin Trudeau à la tête du Canada. Autant de signaux positifs qui permettent d’espérer qu’un accord contraignant et ambitieux sera adopté à Paris le 11 décembre prochain.