Initié en 2012 et achevé en 2018, le projet de quartier intelligent IssyGrid a tout d’une success story. Quels ont été les rouages du projet ? Quel bilan ses initiateurs en ont tiré et quelles perspectives ce projet ouvre t-il en matière de smart grid ? Eric Legale, Directeur général d’Issy Media, a répondu aux questions de Réseau Durable. 

Quel était l’enjeu du projet “IssyGrid” ?

“IssyGrid” a été lancé par un consortium d’entreprises mené par Bouygues Immobilier, que la ville d’Issy-les-Moulineaux accompagnait. Il avait pour objectif d’étudier comment mieux intégrer la production locale d’énergie – via les panneaux photovoltaïques essentiellement – dans le réseau pour économiser l’électricité.

Comment ce projet de smart grid s’est-il déployé en territoire ?

Le consortium IssyGrid est constitué d’une dizaine d’acteurs, tous leaders dans leur domaine : Bouygues Immobilier, Bouygues Energies & Services, Bouygues Telecom, EDF, Enedis, Microsoft, Schneider Electric, Sopra Steria, Total et de start-up performantes comme EMBIX. D’abord développé au sein du quartier d’affaires Seine Ouest, avec notamment la tour Sequana (42 000 m2), il a été étendu au Fort d’Issy en 2015. De 2016 à 2017, le projet a progressivement intégré les restaurants du quartier ainsi que l’EFB (École de Formation du Barreau), dotée de 300 m2 de panneaux photovoltaïques sur sa toiture, qui en font un bâtiment autonome en énergie.

L’expérimentation s’est achevée : pari réussi ?

La démarche Smart Grid est désormais dans tous les esprits lorsque nous imaginons un nouveau quartier. C’est le cas actuellement pour la construction de notre 3ème éco quartier, Issy Cœur de Ville. Cela ne veut pas dire que nous importons IssyGrid comme un bloc « plug & play ». Nous avons appris comment coordonner différents acteurs issus de métiers différents, comment stocker l’électricité produite locale, comment prendre en compte la protection des données personnelles des habitants. Cela reste cependant une expérimentation, le passage à l’échelle sera progressif. Mais l’essentiel est là : les productions locales d’énergie vont se multiplier et permettre d’améliorer l’empreinte énergétique de nos villes.

En quoi la gestion intelligente des réseaux électriques est-elle une question centrale pour les territoires ?

Parce qu’elle permettra de mieux gérer les consommations des villes, à un moment où le développement des véhicules électriques, par exemple, peut créer des tensions sur les réseaux. Nous avons un formidable atout, en France, avec l’énergie nucléaire qui nous permet de réduire notre empreinte carbone, mais les éternels débats qui entourent l’utilisation du nucléaire nous font perdre un temps précieux pour adapter les réseaux à la croissance de consommation.

Comment la ville d’Issy-les-Moulineaux fait-elle rimer “smart city” et “smart mobilité” ?

La “smart mobilité”, c’est penser les déplacements autrement pour réduire la place des véhicules polluants. Valoriser les véhicules électriques ou hydrogènes, réduire le temps passé à chercher une place de parking grâce à la disponibilité des places libres sur son smartphone, utiliser le big data pour mieux comprendre les flux de circulation et proposer des itinéraires alternatifs, répondant aux besoins de la collectivité et évitant les rues résidentielles ou scolaires, font partie d’un package global. A Issy-les-Moulineaux, nous avons changé les bus de nos lignes urbaines par des bus électriques, électrifié 84 % de la flotte automobile de la mairie, publié sur notre portail open les disponibilités en temps réel des places de stationnement des parkings en ouvrage. Nous testons également différentes solutions pour anticiper un changement de comportement de la population.

Quels enseignements avez-vous tiré du projet en matière de mobilité électrique ?

On peut aujourd’hui imaginer que la production locale d’énergie, via les panneaux photovoltaïques par exemple, pourra alimenter les bornes de recharge des véhicules électriques et, mieux encore, que celles-ci pourraient être mises à contribution pour alimenter le réseau général d’électricité.

Selon vous, quelles sont les grandes tendances de la ville de demain dans les années à venir ?

Nous nous dirigeons visiblement vers une ville plus soucieuse de ses consommations énergétiques et de son impact sur les émissions de gaz à effet de serre. A Issy-les-Moulineaux, nous avons déjà diminué de 26 % nos émissions de gaz à effet de serre au cours des quinze dernières années, selon une étude menée par le cabinet Inddigo. Notamment parce que nous avons opéré une rénovation urbanistique favorisant la construction de bâtiments basse consommation, installé des panneaux photovoltaïques sur les équipements municipaux ou des toitures végétalisées, utilisé la géothermie dans l’enceinte du Fort et en Cœur de Ville, récupéré les eaux pluviales pour l’arrosage des espaces verts, ou utilisé, par exemple, du béton bas carbone pour la construction de la future Cité des Sports.