Réputées pour leur approche égalitaire en matière d’éducation, de travail et de gouvernance, les nations scandinaves se distinguent également pour la gestion exemplaire de leurs ressources énergétiques. Si chacun a développé ses propres atouts depuis plusieurs décennies, la coopération régionale permet à tous de tendre vers un modèle de croissance bas carbone.

Alors que les pays émergents et développés – la France en tête – peinent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, la Norvège, la Suède, la Finlande, le Danemark et l’Islande semblent avoir trouvé une formule efficace pour concilier croissance économique et bas carbone. Leurs secrets : une coopération qui remonte à 1952, date de la création du Conseil des pays nordiques, et un pragmatisme à toute épreuve, là où les autres états se montrent plus frileux. Ces cinq nations ne partaient pourtant pas avec une longueur d’avance, au contraire.

En 1972, à la veille du premier choc pétrolier, le Danemark puisait ainsi 92 % de sa consommation énergétique dans le pétrole. Mais dès 1996, cette part a été abaissée à 50 %. Et aujourd’hui, grâce à d’importants programmes d’investissement, la moitié de la production électrique nationale est d’origine éolienne. En Norvège, 98 % de la consommation électrique provient des barrages hydrauliques. Dans le même temps, l’instauration de péage pouvant dépasser 10 euros par jour pour les voitures thermiques à Oslo favorise l’essor de la mobilité hybride ou électrique.

En Suède, les courants du vent et de l’eau alimentent là aussi les foyers en quantité importante, si bien que le gouvernement ambitionne de se passer totalement d’énergies fossiles d’ici 2030. Une prouesse envisageable par le biais d’une taxation très lourde du carbone entre 80 et 110 euros la tonne. Ce pari est déjà en bonne voie en Islande, où la géothermie permet de fournir une électricité quasiment 100 % renouvelable. Enfin, la Finlande mise quant à elle sur la biomasse forestière, qui représente déjà 16 % de son mix énergétique, pour pouvoir abandonner le charbon d’ici 2030 et réduire sa consommation de pétrole de 50 % par rapport à 2005.

La Norvège au sommet

Malgré ces décisions aux conséquences parfois lourdes pour les habitants, les pays nordiques affichent aujourd’hui un bilan qui se traduit par plusieurs années, voire des décennies d’avance sur leurs voisins européens. Ce constat de réussite est en partie possible grâce à la solidarité régionale qui prévaut en matière d’approvisionnement énergétique et repose sur le principe de l’interdépendance. Pour pouvoir fermer ses centrales à charbon, le Danemark compte notamment sur les barrages hydrauliques norvégiens.

En 2015, tandis que le PIB cumulé des cinq nations sur les 20 dernières années avait progressé de 45 %, leurs émissions de C02 étaient retombées de 17 % grâce à une production énergétique constituée à 67 % d’énergies renouvelables. En termes de consommation finale, la Norvège, la Suède et le Danemark devançaient largement la France avec respectivement 65,5 %, 52,1 % et 27,2 % de sources renouvelables contre seulement 14,2 % pour l’Hexagone en 2013.

Ce volontarisme scandinave n’empêche donc pas l’économie de prospérer. De ce point de vue, la Norvège pointe loin devant tout le monde avec un fonds souverain proche des 1000 milliards d’euros et des ressources pétrolières et gazières comptant pour 25 % de son PNB. Ou comment gagner sur tous les fronts grâce à un modèle énergétique collectif et durable.

Découvrez les autres articles de ce Dossier spécial “Energie dans les pays nordiques”

Norvege-energie