La France peut renouer avec la croissance si elle fait les bons choix. Le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte marque la volonté de capitaliser sur la lutte contre le réchauffement climatique pour relancer l’économie. Une stratégie « gagnant-gagnant », pour la planète et ses habitants.

Deux économistes français apportent des éléments à prendre en compte dans le débat sur cette transition énergétique, dont les attentes en termes de retombées économiques et sociales, sont immenses.

Pour une économie bas carbone…

Christian de Perthuis, docteur en économie et professeur à l’université Paris-Dauphine, fondateur de la chaire d’économie du climat, appelle à créer un « choc de croissance verte en développant la fiscalité verte et en investissant dans la transition écologique ». Président du comité pour une fiscalité écologique, il formule des propositions concrètes, partant du constat que nous faisons tous : « notre système économique est à bout de souffle ».

Pour lui, l’écologie doit jouer un rôle moteur dans les réformes structurelles dont nous avons besoin. Les ressources naturelles doivent être considérées comme de véritables « capitaux verts » dans lesquels il faut investir. Il estime que la gratuité des systèmes de régulation naturels conduit à leur perte.

Partant du constat selon lequel la France souffre d’un déficit de compétitivité, il déplore la structure de notre fiscalité « trop lourde sur le travail et l’investissement, bien trop légère sur la pollution ». Il prend en exemple l’Allemagne, et la Suède, où « l’impôt vert » a joué un rôle significatif dans la consolidation fiscale. Aujourd’hui, la fiscalité verte rapporterait 40 milliards d’euros, une somme qui pourrait doubler en cessant de subventionner le diesel et en élevant le taux de taxe carbone. Cela permettrait aussi d’abaisser les prélèvements sur le travail et l’investissement. La croissance serait ainsi stimulée et notre économie serait réorientée vers une économie bas carbone.

…et une économie de l’innovation

Philippe Aghion, normalien, professeur à l’université de Harvard, ayant participé au rapport Attali sur « la libération de la croissance française », qui conseille actuellement le premier ministre Valls, plaide pour que la France s’inspire des réformes mises en œuvre dans les pays dont l’économie repart, comme le Canada, la Suède, l’Australie.

Plus précisément, il préconise une « dévaluation fiscale » ainsi que de « s’attaquer au millefeuille territorial et à lancer de vraies réformes sociales ». Pour lui, c’est de là qu’émergeront « des moyens considérables en faveur de l’innovation et de la création d’emplois dans les nouvelles industries en train d’émerger » au rang desquelles tout ce qui relève de la croissance verte.

Source : ERDF infos Le Mag, 2ème trimestriel 2014, n°29