Le 12 décembre 2015 est désormais associé au premier accord mondial sur le climat. « L’accord de Paris » engage le « monde » à maintenir le réchauffement climatique à moins de 1,5°. Entre « espoir » pour les plus optimistes et « échec » pour certains, décryptage des 29 articles de cet accord ambitieux résultant du tant attendu COP21, la vingt-et-unième en son genre.

Certes, l’état d’urgence après les attaques du 13 novembre ainsi que les élections régionales ont parasité l’espace médiatique de cet événement d’envergure dont la préparation était en cours depuis un an sur le sol français sous la houlette de Laurent Fabius, président et « cerveau » de l’accord. La COP21, qui a généré plus de 28 000 000 résultats sur Google a été largement suivie et s’est déroulée presque sans imprévus pendant deux semaines. La version finale a été présentée avec une journée de retard le samedi 12 décembre et a été longuement applaudie. Emotion, accolades entre les chefs d’État, organisateurs de l’ONU et délégations présentes, cet accord historique repose sur l’harmonisation des souhaits et capacités de 195 pays du monde visant à tracer une feuille de route à adopter pour limiter le réchauffement climatique à 2°.

Chose faite, la version finale de l’accord, même si elle est critiquée sur divers fronts, fixe à 1,5° la limite de hausse des températures. La COP21 a su ré-enclencher une dynamique par rapport au sommet de Copenhague (COP15) et au protocole de Kyoto qui n’exigeaient une réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre qu’aux seuls pays industrialisés.

Un 12 décembre historique pour la lutte contre le réchauffement climatique 

Chiffres clés, déclarations politiques, engagements, soutien des pays développés aux pays en développement, énergies renouvelables, voitures électriques, gaz à effet de serre, financement, transparence, justice climatique, compromis, consensus général, schizophrénie, énergies fossiles, ONG, sont autant de points qui ont rythmé les opinions sur le bilan des négociations entreprises au Bourget à cette occasion. L’événement rassemblant 195 pays et leurs délégations est historique. Pour la première fois cette année, chaque pays représenté devra respecter des dispositions en mettant en œuvre les moyens nécessaires à leur accomplissement.

Les bases de l’accord :

  • Réchauffement climatique : l’accord de Paris a fixé le seuil du réchauffement à 1,5°, en deça des 2° initialement annoncés. Cet objectif ambitieux a été fixé pour protéger les « petits états insulaires » menacés par la montée galopante des eaux.
  • L’accord de Paris fonctionnera sur une base équitable. Les pays seront différenciés en fonction de leurs historiques d’émissions de gaz à effet de serre et de leur richesse ou pauvreté. Une dette climatique de 100 milliards de dollars a été promise par les pays développés aux pays en développement pour qu’ils réduisent leurs émissions de carbone. Ces investissements les aideront à faire avancer leur développement, notamment en matière d’énergies renouvelables. Cependant, les pays développés ne seront pas tenus responsables et ne verseront aucune somme d’argent aux pays victimes de dommages et pertes causés par des phénomènes météorologiques majeurs.
  • Les contributions et projets soumis par les pays pour lutter contre le réchauffement climatique seront révisés tous les cinq ans. L’accord de Paris n’entrera en vigueur, qu’après ratification par les parlements nationaux en 2020, ce qui fixe la première révision pour 2025. Pour être valide, l’accord de Paris dépendra de la ratification et acceptation d’au moins 55 pays émetteurs de 55% des émissions de gaz à effet de serre mondiales.
  • Les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial n’ont pas été chiffrés comme dans des versions précédentes de l’accord qui fixaient une baisse de 40-95% d’ici 2050. L’accord repose sur l’objectif d’un équilibre entre les émissions anthropiques et les capacités d’absorption naturelles de la planète. Chaque pays a néanmoins communiqué sur ses objectifs respectifs.
  • Chine : 25% des émissions de gaz à effet de serre seraient originaires de la Chine. Elle s’est engagée à réduire ses émissions de carbone d’ici 2030 de 60-65% en réduisant sa dépendance sur le charbon et en continuant à développer les énergies renouvelables.
  • États-Unis : deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre, les États-Unis ambitionnent de réduire leurs émissions de 26-28% d’ici 2025. Comme la Chine, les Américains prévoient de miser sur les énergies renouvelables, secteur porteur pour le climat mais aussi pour les emplois.
  • Union Européenne : plus ambitieuse que celle des États-Unis, la contribution de l’Union Européenne pour la COP21 l’engage à réduire d’au moins 40% ses émissions de carbone d’ici à 2030. La France s’est appuyée sur la loi du 17 août relative à la loi de transition énergétique pour la croissance verte, portée par la Ministre de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie Ségolène Royal.
  • Russie : la Russie, 5ème émetteur mondial de gaz à effet de serre, vise un objectif de 25-30% d’ici à 2030 profitant de ses immenses forêts pour absorber le carbone. Elles lui permettent de réduire son effort à environ 6-11% selon le Climate Action Tracker (CAT), une analyse scientifique indépendante de quatre centres de recherche dont sur les actions pour la lutte contre le changement climatique et qui œuvre depuis 2009.
  • Mexique : pays du sud et aussi premier pays à soumettre sa contribution pour la COP21, le Mexique souhaite réduire ses émissions de 25% d’ici à 2030. La contribution mexicaine inclut une clause conditionnelle pour éventuellement augmenter cette réduction à 40%, en fonction des accords et soutiens internationaux.

Beaucoup d’engagements historiques qui restent à concrétiser

Les pays devront faire évoluer un mix énergétique très – voire trop – dépendant des énergies fossiles pour y inclure progressivement des énergies renouvelables pour différents usages tout en assurant une meilleure efficacité énergétique. Or, le développement des énergies renouvelables constitue l’enjeu central de la transition énergétique mondiale. Différents secteurs sont en mutation avec des investissements dans le développement de projets de production d’énergies renouvelables, l’intégration de ces énergies renouvelables dans les réseaux électriques par le biais des smart grids, l’arrivée de nouveaux usages comme l’autoconsommation ou encore l’effacement grâce aux compteurs intelligents, la construction de bâtiments énergétiquement plus aboutis et l’arrivée en force des voitures électriques.

Le stockage des énergies est l’une des briques manquantes de la gestion des énergies renouvelables qui sont par nature intermittentes. Ce poste est un facteur clé pour le succès d’une transition énergétique mondiale.

Les pays sont appelés à signer l’accord à partir du 22 avril 2016 au 21 avril 2017 au siège des Nations unies, à New York. Il entrera en vigueur 30 jours après sa ratification par au moins 55 Etats représentant au moins 55% du volume total des émissions mondiales de GES.

Rendez-vous à Marakkech en 2016, pour la COP22, qui s’annonce comme un grand événement international et fait déjà preuve d’un intérêt croissant de l’opinion, avec plus de 240 000 résultats sur Google à ce jour et un classement prometteur par le Climate Action Tracker.

Photo d’entête : Climate Alliance Org