Tous deux fortement émetteurs de gaz à effet de serre, les secteurs du bâtiment et des transports opèrent leur révolution verte. Et convergent, pour accompagner des solutions de mobilité et d’habitation plus respectueuses de l’environnement. Un édito d’Aymeric Bourdin. 

Nous le savons : la nécessaire transition énergétique passe par une profonde mutation de nos mobilités et de nos logements. Les secteurs des transports et du bâtiment sont de fait d’importants contributeurs d’émissions de gaz à effet de serre (GES) : 39% des émissions françaises de CO2 étant dues à celui des transports et 25% d’entre elles à celui du bâtiment. 

Trajectoire bas carbone

Le bâtiment se prépare en ce moment même à accueillir une nouvelle réglementation environnementale. La future RE2020, applicable dès le 1er janvier prochain, devrait permettre une approche globale de la performance environnementale des bâtiments neufs et de leur empreinte carbone. Alors que la moitié des émissions de GES d’un bâtiment neuf est émise lors de sa phase de construction, la RE2020 – et la France est, on peut s’en féliciter, pionnière en Europe sur ce point – prendra en compte, dans une logique d’analyse du cycle de vie, l’ensemble des GES émis lors de chaque étape de la construction. 

Quant au secteur du transport et singulièrement celui de l’industrie automobile, ils sont déjà engagés sur la voie de cette transition bas carbone. Alors que le marché de la vente de voitures particulières 100 % électriques a approché les 1,5 milliard d’euros en 2019, soit un bond de plus de 50 % en un an, en 2030, les voitures électriques et hybrides rechargeables représenteront 15% du parc de véhicules légers et de 30% à 50% des ventes de nouveaux véhicules. 

Accélération du véhicule électrique

La mobilité électrique sera au cœur de la ville bas carbone de demain. Une accélération qui répond tant aux nouvelles attentes sociétales en termes d’amélioration du cadre de vie et de protection de l’environnement, qu’aux impératifs de réduction du bruit et des émissions de GES. L’électromobilité représente à ce titre l’un des principaux leviers nous permettant de réduire la pollution atmosphérique, que l’on parle de transports publics, individuels ou partagés. Et ce d’autant plus que les performances technologiques des batteries rendront le véhicule électrique toujours plus compétitif demain. 

Evolution des usages de recharge

Alors que le bâtiment de demain se construit en ce moment-même, à la faveur des débats sur la RE2020, il ne peut ignorer cette mutation sociale majeure qu’est la mobilité électrique. Et en premier lieu, le besoin d’infrastructures de recharge qui répondent à tous les cas d’usage dans le bâtiment. 

La recharge s’effectue en très grande majorité à domicile et dans une moindre mesure sur le lieu de travail. Près de 7 millions de points de recharge seront ainsi nécessaires en 2030, dont 700 000 accessibles au grand public. La disponibilité d’infrastructures de recharge de véhicules électriques faciles à utiliser pour tous est un facteur clé du développement de la mobilité électrique à grande échelle, et partant, de la transition bas carbone. 

Cela suppose de faciliter l’installation des IRVE, notamment au sein des copropriétés. Depuis 2014, le “droit à la prise” est inscrit dans la loi mais l’accès à une infrastructure de recharge reste complexe pour les copropriétaires et locataires. A contrario, la possibilité de recharger son véhicule électrique est déjà un service de plus en plus courant dans les restaurants, les hôtels et les centres commerciaux.

Repenser l’usage des parkings

Intégrer l’électro-mobilité au bâtiment de demain, c’est aussi repenser l’exploitation des parkings. Dans les bâtiments résidentiels, ces espaces peuvent donner lieu à des services nouveaux pour les habitants et les visiteurs, en permettant de louer sa voiture ou sa place de parking non utilisée de façon simple. Cela suppose que le parking de l’immeuble devienne un lieu ouvert et accessible aux visiteurs, sans entraver la sécurité et la tranquillité des habitants. 

La concrétisation de ces convergences participera pleinement à l’atteinte des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre nécessaire pour limiter le réchauffement climatique. 

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Aymeric Bourdin
Aymeric Bourdin est délégué général de Réseau Durable. Diplômé de Sciences Po Paris, il débute sa carrière en 2004 au Ministère des Affaires étrangères où il travaille pour la campagne d’information sur le traité constitutionnel européen. Après avoir été délégué général du think-tank EuropaNova, il prend en 2017 la Présidence du think-tank européen "Atelier Europe". Il poursuit de nombreuses activités de journaliste et d'auteur. Il a notamment publié Le Numérique Locomotive de la 3e Révolution Industrielle ?, aux éditions Ellipses. Il a également été rédacteur en chef de J3E (la revue française sur la smart city). Il dirige actuellement la rédaction de la Revue des Transitions, un magazine dédié aux transitions énergétiques, numériques et environnementales.