L’Amérique latine mise sur une approche multidimensionnelle de l’aménagement de son territoire pour faire face aux problèmes sociaux historiquement ancrés que sont la violence et la pauvreté.

Comptant six agglomérations de plus de 10 millions d’habitants et deux dépassant les 20 millions d’habitants (Mexico et Sao Paulo), l’Amérique latine est aujourd’hui la région la plus urbanisée au monde, avec 80% de citadins. Malgré une transition urbaine achevée dans les années 2000, une l’expansion spatiale des périphéries est encore aujourd’hui une réalité. Car la ville latino-américaine s’est construite sans planification de l’État mais par l’action des populations venues des campagnes jusque dans les années 1990. C’est pourquoi les espaces urbains du continent prennent les traits communs à de nombreuses métropoles des pays en développement, à savoir des zones d’habitat spontané nées des occupations de terres en périphérie des centres. Ces zones nouvellement peuplées connaissent souvent violence et pauvreté, du fait de l’absence de l’État et des services publics de première nécessité.

Les projets qui s’inscrivent dans le cadre du dévelopemment de la ville durable visent tous au désenclavement des zones d’habitation marginalisées et à la réappropriation de l’espace public. De fait, les premières mesures innovantes en matière d’intervention urbaine ont concerné le domaine de la mobilité. Après la mise en place vers la fin de l’année 2000 à Bogota des BRT (Bus Rapid Transit), réseau d’autobus de grande capacité circulant sur des voies réservées connues sous le nom de Transmilenio, et son succès immédiat, de nombreuses villes se sont dotées d’un système similaire. Ces projets ont stimulé en parallèle le secteur de la mobilité non motorisée (Bogota compte presque 400 km de pistes cyclables et Mexico, tout comme la capitale colombienne, possède son dispositif de vélos en libre-service EcoBici).

Cette réorganisation de la ville par les transports de masse a impulsé le processus de rénovation urbaine, basé sur des macro-projets de mobilité associant la préservation des espaces verts (terres cultivées, parcs naturels protégés etc.).

Le cas de Medellin (Colombie) : un exemple de métropolisation

L’agglomération de Medellin, seconde ville de Colombie avec plus de trois millions d’habitants et dont l’expérience en matière d’action publique est à l’origine du terme « urbanisme social », a reçu en 2013 le prix de la ville la plus innovante du monde décerné par le Wall Street Journal, devant New York et Tel Aviv. Cette distinction met en relief le phénomène relativement récent de la réappropriation de l’espace public. La ville a lancé au début des années 2000 un plan de rénovation du système des transports, avec la construction en 2003 du Metrocable, un réseau de télécabines relié au réseau métropolitain, Plusieurs projets visent à privilégier la sobriété carbone mais aussi à faciliter le mouvement des individus, à l’image des escalators implantés dans le même temps que le téléphérique colombien ou encore du projet du « corridor vert » d’Ayacucho (une ligne de tramway et deux lignes de metrocâble) de l’AFD.

Ces projets favorisent l’attractivité au moyen de la modernisation des zones intermédiaires, entre urbain et rural. La ville de Medellin prévoit également de construire des parcs tout le long de la rivière (Medellin River Parks) afin de transformer la rivière en un « hub environnemental ».

Au-delà du développement du réseau de transport, la ville a mis en place un plan de développement ayant permis la création d’une douzaine d’écoles et d’un grand centre de sciences ainsi que l’implantation dans les quartiers les plus marginalisés de dix Parques Biblioteca, des centres culturels à l’architecture moderne et considérés comme des lieux de développement culturel et social par le maire de la municipalité de 2003 à 2007 Sergio Fajardo.

Parallèlement, le continent latino-américain a amorcé une diversification de son mix énergétique en investissant dans les énergies décarbonées et issues de sources renouvelables. Bien que certains pays tels que l’Argentine et le Venezuela continuent de miser sur leurs importantes réserves en combustibles fossiles, les projets d’énergies alternatives se multiplient, à l’instar du financement de la construction de centrales photovoltaïques par l’Agence française de développement (AFD) au Pérou. Cette entreprise s’inscrit dans la continuité de celles établies dans d’autres pays de la région comme l’Uruguay, où la part de l’hydroélectricité couvre la moitié de la demande électrique nationale et l’éolien presque 30%; et le Costa Rica, premier pays à satisfaire 100% de sa consommation électrique grâce aux énergies renouvelables.

La ville d’Amérique latine s’insère aujourd’hui dans la dynamiquemondiale de développement et de nombreux éléments montrent que l’accent est mis, depuis une dizaine d’années, sur l’intégration des classes moyennes et populaires par le biais des transformations urbaines. En témoignent les multiples projets de l’AFD, que ce soit au Brésil, au Mexique, en République Dominicaine ou encore en Colombie, qui participent, d’un point de vue financier et technique, au développement durable des quartiers les plus défavorisés.

Photo d’entête : Omar Uran