En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies permettant la mesure d'audience. OK ou Refuser

« La ville intelligente, c’est celle qui sait rendre ses citoyens intelligents »

Interview de Jean-Paul Delevoye, Président du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE, 2010-2015)

Villes & territoires intelligents Publié le

© JP Delevoye - Reseau Durable

Retranscription

La ville intelligente de demain c’est celle qui saura concilier une économie intelligente respectueuse des ressources, des habitants intelligents qui auront eu la capacité d’être non pas dans une démocratie représentative ni participative, mais dans une démocratie délibérative.

C’est-à-dire, comment par le numérique on peut donner à chacun la capacité de se forger une conviction et non pas de vivre une émotion ou dans l’instantané ou dans l’immédiateté, comment pouvoir creuser un sillon de convictions sur lesquelles on peut appuyer une politique de modification comportementale, de pouvoir remettre en cause des concepts qui nous paraissent totalement évidents.

C’est que plus la nappe urbaine s’étalera, plus la concentration d’intelligence sera forte. Plus le numérique consommera de l’énergie, plus il faudra trouver des moyens, des technologies nouvelles permettant d’économiser cette énergie et donc de changer aussi notre mode de comportement d’achat.

La ville intelligente c’est celle qui se repose la question de comment on fait vivre ensemble des gens qui ont des réflexes identitaires, des croyances qui vont se radicaliser si on n’offre pas une transcendance spirituelle. Et donc c’est d’investir non pas dans le capital des infrastructures mais dans le capital social et culturel des gens.

On peut imaginer dans 30 ans, dans 40 ans qu’il y ait des espaces collectifs dans lesquels il n’y a plus aucune voiture individuelle. Mais dans lesquels il y a un espace approprié par des mobilités collectives qui seront des offres singulières. On voit qu’aujourd’hui il faut retrouver le sens du collectif et le respect non pas de l’individualisation mais de la singularité. Chacun veut se distinguer par rapport à l’autre et chacun ne pourra réussir que par une appropriation collective et une gestion collective.

Les villes intelligentes vont devoir relever le défi du 21ème siècle qu’Hannah Arendt mettait déjà sur la table, c’est comment combler le vide de nos intériorités, comment re-construire un chemin de conviction dans une société qui pousse à l’hyper-consommation, fait des esclaves modernes d’émotions fabriquées par les autres. Et si nous n’aiguisons pas les consciences de nos concitoyens, si nous n’aiguisons pas les consciences de nos jeunes en développant le sens critiques, le doute socratique, le recul par rapport à l’information, les fantasmes plausibles l’emporteront sur des vérités scientifiques et le monde sera ingouvernable.

Et la ville intelligente, c’est une ville qui sait stabiliser ses développements, qui sait maîtriser ses mobilités internes en offrant des solutions collectives et non pas des enjeux individuels. Et qui sait rendre les gens intelligents.

Jean-Paul Delevoye, Président du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE, 2010-2015)