Les mutations urbaines de ces dernières années dessinent une ville nouvelle, plus durable, plus intelligente, moins polluante, détachée de la voiture – et peut-être davantage centrée sur l’habitation et le foyer. Une ville qui réduirait le temps « perdu » en transport, entre autres grâce au télétravail, pour offrir un épanouissement plus important au citoyen.

Directeur du cabinet de conseil Tenzing, Eric Delannoy défend une vision de la ville résolument tournée vers l’épanouissement personnel de l’individu, délesté des contraintes de transports et recentrant sa vie autour de son habitation et de son quartier.

 

La voiture hors du champ urbain ?

Essentiellement pour des raisons de pollution, les mesures visant à limiter l’accès des véhicules automobiles aux villes se multiplient. La mise en place des vignettes Crit’Air et le durcissement de leur utilisation à Paris, la volonté affirmée par Nicolas Hulot d’abandonner les voitures thermiques à l’horizon 2040, et d’Anne Hidalgo dès 2030 à Paris…autant de mesures qui vont dans le sens d’éliminer les voitures des villes.

Autre facteur crucial de transformation urbaine : le télétravail s’impose de plus en plus comme une alternative valable au temps « perdu » en transport par les citoyens, de leur habitation à leur lieu de travail.

L’objectif affiché? Construire une smart city: une ville durable et connectée, qui permet d’optimiser l’énergie dépensée tout en diminuant au maximum l’empreinte carbone de la métropole.

 

Travailler depuis chez soi, une solution d’avenir

Cette transition vers une ville “smart” peut se faire, de l’avis de tous, grâce au passage à une mobilité durable (véhicules et transports en commun électrique). Mais cela peut aussi passer par une baisse du transport au quotidien.

Une étude de la Fondation Concorde a démontré que près de 7 millions de Français pourraient basculer vers le télétravail, et conserver leur emploi en travaillant, majoritairement, de chez eux – limitant au maximum leur présence dans la société qui les emploie. Ils représentent aujourd’hui 26% des actifs, mais ce chiffre ne fera qu’augmenter avec les années et la part croissante des emplois tertiaires dans le pays.

Eric Delannoy envisage même que des technologies encore balbutiantes, comme l’holographie, pourraient, avec le temps, rendre un nombre plus élevé d’emplois et d’activités réalisables à distance. Il défend l’idée que la ville de demain ne sera plus rythmée par les transports des actifs, notamment en voiture, mais par une réappropriation de l’espace urbain par ses habitants.

 

Recentrer la vie urbaine autour des pôles d’habitation

Travaillant majoritairement de chez eux, les habitants recentreraient leur vie sur leur quartier d’habitation, avec un bénéfice en termes de pollution, d’hygiène, d’économies d’énergie nécessaire au transport, de temps gagné – et donc en qualité de vie. Cela impliquerait une logique de développement urbain beaucoup plus éclaté, où chaque quartier gagnerait en dynamisme par une présence accrue de ses habitants.

Ce modèle nécessiterait également des mutations en termes de commerces et d’équipements publics, qui devront se déplacer vers les pôles d’habitats qui en sont aujourd’hui privés – et probablement la destruction ou la rénovation de certains quartiers dédiés exclusivement à l’habitat sous forme de barres d’immeubles.

 

Vers une ville plus durable, plus économe, plus solidaire – plus agréable

Cela permettrait de conséquentes économies d’énergie en transport individuel – et même collectifs, les activités étant recentrées autour de l’habitat. Les déplacements s’effectueraient sur de courtes distances, en transports en commun électriques, la voiture individuelle étant réservée à des besoins ponctuels de déplacement longue distance. Les habitants des villes gagneraient ainsi un temps précieux : actuellement 30% du temps des urbains est consacré au transport, individuel ou collectif, un chiffre qui semble difficilement compatible avec un épanouissement individuel. La réponse des citoyens durant ces dernières années a consisté à occuper le temps de transport disponible: par la lecture ou par l’utilisation d’outils numériques (tablettes, smartphones…). Mais Eric Delannoy estime que cette occupation n’est qu’un faux-semblant d’épanouissement : le réduire au maximum pourrait être libérateur pour le citoyen.

C’est également la voie d’une vie urbaine plus économe, plus locale, plus durable – mieux adaptée à une consommation d’énergie de proximité et à un ralliement des citoyens à des logiques participatives de quartier, dont la smart city doit être le déclencheur.