La nomination de François De Rugy au ministère de la Transition écologique survient à quelques semaines de la publication de la nouvelle PPE, qui fixera la feuille de route énergétique de la France pour les dix ans à venir. Pour tenir des objectifs élevés de réduction de gaz à effet de serre, le nouveau ministre doit faire de la modernisation des réseaux électriques une priorité.

Des dossiers brûlants attendent le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, nommé le 4 septembre 2018 à la suite de la démission de Nicolas Hulot. L’avenir énergétique de la France est le plus crucial, de par ses enjeux économiques, sociétaux et écologiques.

La PPE pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028 attendue d’ici la fin de l’année

Les mois à venir seront déterminants ; la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui fixera les orientations et priorités du pays pour la gestion de l’ensemble des formes d’énergie pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, doit être finalisée d’ici au 31 décembre 2018. Si Nicolas Hulot espérait une première mouture du texte dès cet été, François de Rugy a annoncé mercredi 5 septembre qu’elle serait présentée d’ici fin octobre, avant d’être débattue. Elle précisera « la part de chaque énergie, le développement des énergies renouvelables que nous voulons faire », a souligné le ministre.

Et si la part du nucléaire focalise le débat dans les médias, il ne faudra pas pour autant en oublier les questions du développement des énergies renouvelables (EnR) et de la modernisation du réseau électrique. Le pays qui n’a manifestement pas l’intention de suivre l’exemple allemand en remplaçant une électricité nucléaire par une électricité d’origine fossile émettrice de gaz à effet de serre n’a qu’une seule solution : réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique tout en développant les énergies renouvelables et en adaptant le  réseau électrique.

Changer (enfin) d’échelle sur les EnR

Alors que les émissions de CO2 sont reparties à la hausse en 2017, l’urgence climatique impose des décisions fortes. De ce point de vue, une PPE ambitieuse est nécessaire. Le solaire, notamment photovoltaïque, doit enfin changer d’échelle et se déployer plus largement, depuis de grands parcs publics jusqu’à son intégration à des solutions d’autoconsommation individuelle et collective.

La France dispose d’un potentiel éolien exceptionnel : c’est tout particulièrement le cas pour l’éolien offshore, où le retard français (aucun parc en service) s’accumule. Les filières d’EnR émergentes, énergies marines ou biogaz doivent elles aussi être soutenues.

Moderniser les réseaux électriques en les rendant plus “intelligents”

Pour atteindre les objectifs d’une PPE ambitieuse, le ministre devra être ferme sur la concrétisation des simplifications annoncées courant 2018 pour l’éolien, la méthanisation et le photovoltaïque suite aux groupes de travail lancés par le Secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu. Des propositions avancées qui doivent maintenant être transformées en lois ou en décrets.

Mais il faut surtout que François de Rugy maintienne le cap de la modernisation des réseaux électriques français. Le déploiement des compteurs communicants sur l’ensemble du territoire étant bien avancé (13 millions de compteurs Linky posés), la France est bonne position pour rendre ses réseaux électriques intelligents par rapport à ses voisins européens.

Indispensables smart grids

Les smart grids sont un outil indispensable à une transition énergétique réussie : ils permettent en effet d’augmenter la part d’EnR intermittentes dans le mix électrique, par une flexibilité accrue (pilotage de la consommation, effacement, solutions de stockage).

Ils permettent également de réduire drastiquement le gaspillage d’électricité, ainsi que les coûteux recours à des réserves en cas de pic de consommation (notamment pendant la pointe hivernale) : en optimisant production et consommation d’électricité, les réseaux intelligents aident à rationaliser l’énergie.  

Enfin, les smart grids sont indispensables à la généralisation de la mobilité électrique : Nicolas Hulot avait annoncé la fin de la vente des véhicules à combustibles fossiles pour 2040. Pour atteindre un tel objectif avec des véhicules électriques propres (c’est à dire utilisant une électricité renouvelable), sans risquer une saturation du réseau électrique, la France doit développer à grande échelle des solutions smart grids, comme la charge intelligente ou le vehicle to grid. Les réseaux intelligents permettent d’intégrer la mobilité électrique dans une vision globale, pilotée et rationnelle, de la production et de la consommation d’électricité.

Une filière à soutenir, financièrement et en assouplissant le cadre réglementaire

François de Rugy doit donc poursuivre une politique de soutien à la filière smart grids française, qui se structure fortement mais a encore besoin de financements durables pour industrialiser ses solutions ou mettre en place des modèles rentables. Le ministre doit également oeuvrer à lever les freins réglementaires qui gênent encore le déploiement de certaines technologies smart grids, notamment pour l’autoconsommation collective, le stockage de l’électricité ou les incitations tarifaires à l’effacement.

Les smart grids ne permettront pas à eux seuls de réussir la transition énergétique de la France ; mais sans leur développement massif, une politique énergétique ambitieuse est impossible. Une réalité que le nouveau ministre de la Transition écologique ne doit pas perdre de vue.