La ville de Birmingham a mis sur place une initiative originale, qui pourrait servir de modèle aux politiques publiques du monde entier : rénover entièrement des logements sociaux pour en faire de véritables laboratoires de l’efficacité énergétique. Ou quand la recherche sur les bâtiments de demain se conjugue avec les préoccupations sociales d’aujourd’hui.

L’idée est simple, mais convaincante et porteuse d’avenir : plutôt que de créer un expérimentateur d’efficacité énergétique ex nihilo, pourquoi ne pas en profiter pour améliorer le confort de locataires de logements sociaux ? Cette initiative, mise en place au Royaume-Uni, à Birmingham, pourrait inspirer les politiques publiques du monde entier.

 

Un défi de taille : appliquer les normes de bâtiments passifs sur des bâtiments rénovés

Le point de départ de ce programme est une union entre l’Université de Birmingham et la société spécialiste de l’efficacité énergétique Beattie Passive. L’objectif premier est de tester si un bâtiment rénové peut atteindre les normes de faible consommation d’énergie du label Passivhaus.

Ce label allemand de bâtiments passifs est obtenu avec une consommation d’énergie totale inférieure à 120 kWh/m²/an ; ce label n’est en général attribué qu’à des bâtiments neufs. Beattie Passive voulait démontrer qu’en travaillant sur des procédés de rénovation révolutionnaires et en le rendant intelligent, un bâtiment ancien pouvait l’obtenir.

 

Capteurs et outils d’analyse en amont

Pour se faire, ils ont obtenus l’autorisation de la ville de Birmingham de tester leurs méthodes sur des logements sociaux, deux immeubles jumeaux dans le quartier de Shard Fin. Le plus étonnant est que les habitants ont pu continuer à vivre dans leurs maisons pendant les travaux. Avant de démarrer, une phase d’analyse précise a été mise en place, en installant des capteurs dans les deux maisons, les rendant déjà intelligentes.

Cela a permis d’analyser en temps réel les émissions de carbone des maisons ainsi qu’une imagerie thermique en fonction de son utilisation par ses habitants. Ces outils ont permis une numérisation 3D de la maison et de créer des modèles de simulation de conception, pour planifier au mieux les travaux à mettre en œuvre.

 

Procédés révolutionnaires de rénovation

Les travaux ont utilisé le système de rénovation TCosy créé par Beattie Passive, qui améliore l’isolation du bâtiment par l’extérieur. Dans le détail, les maisons ont été enveloppées d’une ossature bois, et des matériaux isolants injectés entre cette ossature et les murs existants, et dans la cavité du toit.

Ce procédé a été couplé à l’installation de portes isolantes, de fenêtres à triple vitrage et d’un système de ventilation et récupération de chaleur mécanique. Aux capteurs haute technologie déjà installés se sont ajoutés des outils de contrôle afin de réguler les températures, tout en étudiant les habitudes du foyer pour optimiser l’utilisation de l’énergie.

 

Une réussite éclatante : consommation d’énergie réduite de 80% et satisfaction des habitants

Le projet est une réussite totale, puisque la consommation d’énergie des deux maisons a été réduite de 80%, tout en proposant un cadre de vie et des températures plus agréables aux occupants : « Nous avons reçu de nombreux commentaires positifs de la part des locataires des immeubles rénovés, qui bénéficient désormais d’un environnement plus sain, plus chaleureux ainsi que de factures d’énergie réduites » souligne Ron Beattie, fondateur de Beattie Passive. Ce procédé pourrait s’appliquer à n’importe quel bâtiment, et notamment à d’autres logements sociaux.

« Cette modernisation a été testée afin de réduire les émissions de la consommation totale d’énergie, de chauffage et de carbone de 80%, faire économiser de l’argent aux habitants et fournir un procédé approprié pour un déploiement à tout le Royaume-Uni. » explique Lubo Jankovic, chef du laboratoire « Carbon Zero » de l’École d’architecture et de design de l’université de Birmingham City.

 

Une initiative vouée à s’exporter ?

Ce déploiement pourrait même s’étendre en dehors des frontières du Royaume-Uni : ce procédé semble parfaitement en adéquation avec la lutte voulue par le Ministre de la Transition écologique et solidaire contre les « bâtiments passoires ». Un bel exemple, en tout cas, de politique publique intelligente et efficace.