La ville de Santander, en Espagne, a été l’une des premières, en Europe, à se lancer dans une stratégie smart city à grande échelle. Les capteurs de la ville produisent plus de 200 000 datas par jour, fluidifiant la vie quotidienne et offrant des économies d’énergie à la municipalité. Pourtant l’aspect collaboratif peine à s’imposer. Etat des lieux.

A l’orée des années 2010, en Espagne, l’innovation technologique est venue du nord, de la Cantabrie, une région autonome située sur le golfe de Gascogne, à l’ouest du Pays Basque espagnol. La capitale de la Cantabrie, Santander, s’est imposée comme une pionnière des technologies smart city en Europe, en demandant – et obtenant – un financement de 6 millions d’euros à la Commission Européenne en 2010.

Un projet lancé dès 2010, grâce à un financement de la Commission Européenne

Santander s’est lancée dans une vaste politique d’installation de capteurs, des lampadaires aux poubelles, et de développement d’applications dédiées aux habitants, faisant de cette ville de 180 000 habitants un laboratoire grandeur nature des stratégies smart city appliquées aux métropoles intermédiaires de l’Europe. Huit ans après, un premier bilan peut être tiré : il est positif pour l’aspect environnemental, économique et énergétique, beaucoup plus nuancé pour l’aspect collaboratif.

La municipalité a installé plus de 20 000 capteurs, générant plus de 200 000 données quotidiennes, collectées, traitées et agglomérées par la ville. Santander connaît ainsi, en temps réel et en tout point de la ville, le taux de CO2 ou de NO2, le niveau de bruit, l’intensité lumineuse – des données environnementales cruciales pour développer des politiques à moyen et long terme.

Des capteurs permettent aussi d’améliorer au quotidien les actions municipales – un domaine où les objectifs fixés par la ville sont largement atteints.

Eclairage, bacs à poubelles, arrosage, stationnement : des réussites incontestables

Santander a ainsi équipé l’ensemble des lampadaires de la ville d’un système de modulation d’intensité lumineuse couplée à des capteurs, permettant d’adapter le niveau de l’éclairage à la présence ou non de passants : les gains énergétiques (et financiers) sont conséquents, puisque la ville a réduit sa consommation électrique pour ce poste de 40%.

Autre réussite : l’installation de capteurs dans les bacs à poubelle permet d’éviter de les ramasser quand ils sont presque vides, et de rationaliser les trajets des camions les ramassant. En traitant les données collectées, les services municipaux ont pu adapter leur logistique de ramassage au remplissage plus ou moins rapides des différents bacs, et déterminer avec précision les quartiers ayant besoin de bacs supplémentaires. Les résultats sont concrets : les usagers n’ont plus à supporter les bacs qui débordent et les ordures qui s’amoncellent à proximité, la ville réalise des économies d’énergie sur les trajets des camions.

Les parcs et jardins disposent de capteur d’humidité permettant de déclencher l’arrosage uniquement quand il est nécessaire (et plus automatiquement). Les places de stationnement disponibles sont signalées en temps réel, par des panneaux indicateurs à chaque croisement, ou directement sur les GPS des conducteurs, évitant de longues recherches improductives, aux effets négatifs sur le bien être et la consommation d’énergie.

Un traitement protégé des données qui fluidifie la ville

La ville agglomère également des données provenant des citoyens, qu’il s’agisse des signalement qu’ils font aux services municipaux (encombrants ou déchets, nid-de-poule, ampoule grillée, embouteillage, etc.), ou de leurs déplacements, actions, consommation d’énergie et d’eau – sur la base du volontariat.

Le tout en assurant une sécurisation maximale de ces datas : « Aucune de ces données n’a de rapport avec la vie privée des citoyens. Ils apportent des informations de leur plein gré mais de manière anonyme, sans fournir aucune donnée susceptible de les identifier ni de porter atteinte à leur vie privée » expose l’ancien maire de Santander, Inigo de la Serna, devenu depuis ministre des Travaux publics, des Transports et de la Communication.

Ces flux de données permettent à la ville d’être bien plus efficace : le délai de résolution d’un incident oscille désormais entre deux et trois jours – quand il pouvait atteindre trois semaines avant la mise en place de cette stratégie.

Une application collaborative tombée dans l’oubli

Santander a également été novatrice en proposant, dès 2012, “Smart Santander”, une des premières applications municipales smart city. Elle permet à l’usager de pointer son smartphone dans la rue pour connaître les points d’intérêt touristiques, culturels et commerciaux ou les réseaux de transport public à proximité – mais également, en temps réel, la météo, la circulation, l’occupation des plages, ou l’emplacement de nombreux bâtiments.

Mais, et c’est là que le bât blesse, cette application est loin d’être un succès populaire : sur Google Play, elle cumule entre 5 000 et 10 000 installations pour Android, les chiffres pour iOs n’étant pas disponibles. Un chiffre largement insuffisant compte tenu de l’ambition du projet, qui aurait d’ailleurs peu communiqué dessus. Par ailleurs, cette application n’a pas été mise à jour depuis 2015, et la fin du partenariat avec l’Université de Cantabrie qui l’a développée. Et si Smart Santander était à la pointe de la technologie en 2012, elle n’est plus mis à jour désormais.

Santander, la durabilité de la stratégie smart city

La durabilité de la stratégie smart city se pose d’ailleurs pour la ville de Santander à plus large échelle. Une importante subvention a été allouée pour couvrir la ville de capteurs et créer des outils digitaux au service de la municipalité, développé le plus souvent par l’Université de Cantabrie.

Et si des agents municipaux ont été formés à l’utilisation de ces outils, la ville ne dispose pas d’un budget suffisant pour les faire évoluer ou les améliorer. Les pouvoirs publics sont en pleine réflexion sur les moyens de pérenniser certains aspects de la stratégie smart city de Santander, quitte à en abandonner d’autres, pour installer cette révolution numérique dans le temps.