La couverture médiatique de la PPE est centrée sur la réduction du nucléaire dans le mix électrique, or d’autres sujets comme les réseaux intelligents sont pourtant centraux pour l’avenir énergétique de la France.

La question énergétique est-elle réellement devenue primordiale en France ? Oui, à en croire les retards calendaires du gouvernement au sujet de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui a, jusqu’à la dernière minute, fait l’objet d’ajustements minutieux.

La présentation de cette dernière par Emmanuel Macron a enfin eu lieu le 27 novembre, à l’occasion d’une conférence de presse tant attendue.

Le président de la République a profité de son discours pour annoncer la création d’un haut conseil pour le climat composé d’experts dont le but est de « répondre à cette question : est-ce que la France est dans les clous pour respecter l’Accord de Paris, globalement et par secteur, et si ce n’est pas le cas, qu’est-ce qu’il faut faire ? ».

Dommage, par conséquent, que la couverture médiatique se soit focalisée quasi uniquement sur les dossiers les plus clivants – qui « font le buzz ». Comme, par exemple, la question du nucléaire. Certes, l’électricité issue de l’atome est devenue, ces dernières années, éminemment politique. Alors qu’elle représentait 72 % de la production en 2016, selon RTE – ce qui permet à la France de bénéficier d’une énergie peu chère, fiable et décarbonée, sans émission de gaz à effet de serre (GES).

Emmanuel Macron a mis fin au suspense : « Je n’ai pas été élu sur un programme de sortie du nucléaire mais sur une réduction du nucléaire dans le mix énergétique. J’aurais aimé le faire dès 2025. Nous maintenons le cap des 50% mais repoussons l’échéance à 2035″. Pour cela, 14 réacteurs de 900 mégawatts seront arrêtés en 2035, dont les deux de Fessenheim qui le seront à l’été 2020. « La montée en puissance des renouvelables en France est inéluctable et n’est en aucun cas liée au rythme de fermeture des centrales » poursuit le Président.

L’enjeu du développement des réseaux intelligents

Ce sera aux énergies renouvelables (hydraulique, photovoltaïque et éolien) de compenser la diminution du nucléaire dans le mix électrique. Le gouvernement – et, par conséquent, les médias –, aurait pu fournir davantage d’explications sur ce point. Les pouvoirs publics auraient également pu plus se focaliser sur le développement des infrastructures de réseaux, l’une des composantes pourtant essentielles de la révision de la PPE. « L’essor de la production électrique décentralisée se traduit par l’apparition de nouvelles zones de production, induisant dans certains cas un besoin de renforcement du réseau de transport et du réseau de distribution », indique d’ailleurs le ministère de la Transition écologique dans son « dossier du maître d’ouvrage » (DMO), document incontournable du débat public sur la PPE.

Le gouvernement en a donc bien conscience : le développement des infrastructures, pour lequel il entend allouer 1,5 milliard d’euros par an pour le réseau de transport et 4 milliards d’euros par an pour le réseau de distribution, est primordial afin de conserver une électricité flexible et décarbonée – ce qui est le cas, aujourd’hui, à 98 %, grâce aux renouvelables et au nucléaire, surtout. Ainsi faudra-t-il glisser, par exemple, vers le nouveau paradigme de la production/consommation électrique : les réseaux dits intelligents, qui permettent plus de réactivité et d’anticipation, grâce à une digitalisation massive, afin de gagner en efficacité énergétique.

Le compteur communicant « Linky », installé par Enedis dans les foyers français depuis 2015, est la pierre angulaire de ce nouveau système. Il permettra notamment de faciliter l’ « effacement » énergétique, une réduction volontaire de sa consommation d’électricité en période de pics, afin de ne pas avoir recours à des moyens de production supplémentaire. Il permet aussi d’accélérer le déploiement de l’auto-consommation d’énergie solaire.

Développer les infrastructures de réseaux servira également à améliorer les capacités de stockage de l’électricité, afin de gérer de manière optimale l’équilibre entre production et consommation énergétiques – stocker l’électricité lorsque que la consommation est faible ; rendre à l’inverse de l’électricité au réseau lorsque la consommation augmente. Ceci dans le même but de limiter le recours aux sources de production polluantes  – les centrales à charbon surtout –, afin de coller aux objectifs fixés par la loi de transition énergétique. Dont les principaux sont, pour rappel, la diminution des émissions de GES (de 40 % entre 1990 et 2030) et la réduction incidente de la consommation d’énergies fossiles (de 30 % d’ici 2030). La PPE gagnerait donc à être enrichie de ces enjeux réseaux essentiels à l’émergence d’un mix électrique intégrant plus d’énergies renouvelables.