Les directives sur l’écoconception et l’étiquetage énergétique obligatoire ont permis à l’Union Européenne de diminuer largement sa consommation électrique. Les nouvelles mesures pour la période 2020-2030 seront-elles aussi efficaces?

Adoptée en 2012, la directive européenne sur l’efficacité énergétique posait des objectifs élevés de réduction de la consommation d’énergie de l’UE : – 20% en 2020 par rapport à 2007. Soit, en chiffres bruts, rapporter la consommation d’énergies primaires à 1 483 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) en 2020, au lieu des 1 854 millions de tep prévus.

 

Une diminution de 20% de la consommation énergétique européenne en 2020

Bonne nouvelle,  cet objectif ambitieux devrait être atteint, la consommation européenne étant tombée à 1 530 millions de tep en 2015. Plusieurs  causes extérieures à la politique européenne peuvent expliquer ce résultat, comme la crise de 2008, la tertiarisation de l’économie ou les prix élevés de l’énergie avant 2014. Mais les mesures européennes ont également joué leur rôle dans cette réussite.

Les institutions européennes se sont ainsi montrées particulièrement actives sur le sujet, grâce à des batteries de mesure comme la mise en place de standards sur les émissions de CO2 des véhicules ou la directive sur la performance des bâtiments et le plafonnement des émissions du secteur électrique et de l’industrie lourde (le « marché du carbone »).

Deux autres mesures ont largement contribué à diminuer la consommation d’énergie, en révolutionnant les pratiques des particuliers et des professionnels. Il s’agit de la directive sur l’écoconception et de celle sur l’étiquetage des produits consommateurs d’énergie.

 

L’écoconception et l’étiquetage énergétique, mesures européennes les plus efficaces

Publiée en 2005 et revue en 2009, la directive “Ecoconception” a pour but de retirer du marché les équipements électriques à faible performance énergétique quand des solutions plus performantes existent. Elle a donné naissance à 28 règlements, qui concernent aussi bien les appareils à usage domestique (réfrigérateurs, lave-linge, téléviseurs…) qu’industriels (transformateurs, pompes, ventilateurs…). Cette directive a provoqué, entre autre, la disparition des ampoules à incandescence.

Mise en place dès 1992, la directive “Etiquetage énergétique” était d’abord limitée aux produits électroménagers, mais elle a été depuis 2011 étendue à des larges pans de l’activité – automobile, électronique, logement, froid professionnel… Son principe est bien connu, il s’agit d’une étiquette fléchée de A à G, et du vert au rouge, indiquant comment se situe l’appareil ou le bien choisi par rapport aux normes énergétiques européennes.

 

Consommation énergétique: des gains conséquents sur la santé et le pouvoir d’achat

Les résultats de la politique européenne d’économie d’énergies sont impressionnants. Pour ne prendre que l’exemple des réfrigérateurs-congélateurs, leur consommation moyenne a reculé de 25% entre 2004 et 2014, pendant que leur capacité augmentait de 3%. Sur ces dix années, les appareils de classe inférieure à A+, autrefois majoritaires, ont pratiquement disparu, passant de 94% à 2% des ventes en Union Européenne.

Plus généralement, un rapport de la Commission Européenne de 2016 estime qu’à l’horizon 2020, les règlements d’écoconception et d’étiquetage représenteront une économie d’énergie primaire de l’ordre de 165 millions de tep sur l’ensemble de l’UE. Cela représente environ 10% de la consommation énergétique européenne totale – et 7% d’émission de gaz à effet de serre en moins.

Si l’impact sur la santé est conséquent, avec moins de pollution, les gains économiques sont également au rendez-vous : en 2020, ces réductions de consommation représenteront un gain de pouvoir d’achat de 112 milliards d’euros sur toute l’Union Européenne – et la création de 800 000 emplois induits.

 

Repenser l’étiquetage pour aller plus loin

Reste à garder le cap. Car, passé 2020, les économies offertes par ces mesures auront été, pour l’essentiel, atteintes. Il faudra, pour continuer à faire baisser la consommation d’énergies en UE, mettre en place de nouvelles législations, plus contraignantes – notamment sur les bâtiments ou les véhicules.

C’est le sens de l’évolution de l’étiquetage énergétique, qui a connu un récent aggiornamento. La nouvelle directive européenne sur ce sujet est entrée en vigueur le 1er août 2017 – elle renouvelle complètement les normes des différentes classes d’énergie, en revenant à un étiquetage de A à G, qui élimine les classes A+, A++ et A+++.

Ce changement est le fruit d’un retour d’expérience sur l’étiquetage : le consommateur a tendance à penser que les trois classes A+, A++ et A+++ se valent, alors que dans de nombreux secteurs, les classes A dominent largement le marché. Par exemple pour les réfrigérateurs, en 2015, tous les modèles neufs vendus étaient dans la classe A, mais seuls 5% étaient dans la classe A+++.

Revenir à un étiquetage plus simple va donc dans le bon sens, bien qu’il faille regretter la lenteur de la mise en oeuvre : en 2020, elle ne concernera que six catégories de produits – réfrigérateurs, machines à laver, machines lavantes et séchantes, lave-vaisselle, téléviseurs et lampes. Les autres ne seront elles concernés qu’à partir de 2025.

Pour de nombreuses ONG, il sera difficile, avec ces normes, d’atteindre l’objectif des 30% de baisse de consommation d’énergie en 2030 par rapport au scénario de 2007. Alors même que cet objectif de 30% est jugé timide par de nombreux spécialistes environnementaux, qui estiment qu’une baisse de 40% est nécessaire pour atteindre les objectifs de diminution d’émission de polluants fixés par l’UE à l’horizon 2030.