Un rapport de l’IRENA dévoile le potentiel considérable du Pakistan en terme d’énergies renouvelables : déjà largement équipé en hydro-électricité, le pays pourrait encore multiplier sa puissance installée. Le pays dispose également d’un potentiel éolien considérable, qui pourrait bouleverser son paysage énergétique.

Le Pakistan est un pays en proie à une pénurie endémique d’énergie, – alors même que sa consommation d’énergie primaire par habitant est particulièrement faible, correspondant à 26% de la moyenne mondiale. Les coupures d’électricité demeurent très fréquentes, notamment pour le parc résidentiel.

Une électricité à 65% d’origine fossile

Par ailleurs, le pays est encore largement dépendant des combustibles fossiles et d’une utilisation massive de la biomasse-bois dévastatrice pour l’environnement – rappelons que le bois n’est une ressource renouvelable que dans le cadre d’une utilisation responsable des forêts, ce qui est loin d’être le cas au Pakistan.

Concernant l’électricité, elle provient encore à 64,9% d’énergies fossiles, dont près de 40% de pétrole : au niveau mondial, le Pakistan est le 6ème pays producteur d’électricité à l’aide de pétrole. Par ailleurs, la production nationale de pétrole ne couvre que 18% des besoins du pays, imposant de coûteuses importations.

Au Pakistan, une hydroélectricité qui couvre 30% de la production d’électricité…

Le pays possède pourtant un fort potentiel hydro-électrique, exploité depuis les années 1960-1970, mais qui plafonne à 7,2 GW installés depuis 2003. Reporté à de nombreuses reprises, l’inauguration du barrage de Neelum-Jhelum devrait avoir lieu au milieu de l’année 2018, ajoutant 969 MW à la puissance hydro-électrique du Pakistan.

Et si l’hydroélectricité produit aujourd’hui près de 30% de l’électricité consommée au Pakistan, l’IRENA (Agence Internationale des Energies Renouvelables) vient de publier un encourageant rapport sur les énergies renouvelables. En effet, selon l’organisation, l’hydroélectricité et l’éolien pourraient bouleverser le visage électrique du Pakistan.

… mais un potentiel qui dépasse la production nationale

Le Pakistan est situé au pied de l’Himalaya, il dispose de cours d’eau au débit particulièrement puissant, un fleuve, l’Indus, et son réseau d’affluents. Le rapport de l’IRENA estime que le potentiel inexploité du Pakistan en hydroélectricité atteint les 60 GW de puissance installée – de quoi couvrir la totalité des besoins du pays en électricité. Deux grands barrages, Diamer-Basha et Dasu, sont d’ailleurs en construction (pour le premier) et en projet (pour le second) sur l’Indus, pour des puissances respectives de 4,5 GW et de 4,3 GW.

Concernant l’éolien, le pays disposait fin 2016 d’une puissance installée de 591 MW, couvrant 0,4% de la production d’électricité. Mais, grâce à des accords avec des investisseurs étrangers, la filière connaît un vrai dynamisme. Par exemple, un parc de 20 éoliennes et de 50 MW a été inauguré en octobre 2016 dans le corridor de Jhimpir, au sud du pays, grâce à un accord entre le groupe pakistanais Gul Ahmed Energy et l’Agence Française de Développement (AFD), via sa filiale dédiée au secteur privé, Proparco ; il s’agit de la première centrale d’un vaste programme éolien.

Développer éolien, solaire et biomasse  

Le potentiel éolien du Pakistan est en effet conséquent, notamment dans le sud du pays. L’IRENA l’évalue à près de 50 GW, avec des coûts en baisse constante. Le photovoltaïque occupe pour l’heure une part négligeable dans la production d’électricité pakistanaise, mais le potentiel est là aussi considérable, compte tenu de l’ensoleillement de certaines zones du pays.

Le rapport souligne également qu’environ 25 millions de tonnes de résidus industriels et agricoles pourraient être valorisés comme combustibles dans des centrales thermiques à biomasse, pour remplacer une partie des combustibles fossiles, le pétrole en tête.

Mettre en place un plan de développement des EnR

L’IRENA encourage dès lors les autorités pakistanaises à renforcer vigoureusement leurs politiques de développement des énergies renouvelables ; l’agence propose dans le même temps un soutien technique et son expertise pour mettre en place un plan ambitieux.

Le rapport propose au Pakistan six grandes recommandations :

  • se donner un objectif en matière de développement des énergies renouvelables
  • coordonner l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan énergétique intégré
  • créer des zones de déploiement des EnR et faire jouer la concurrence entre les énergéticiens pour réduire les coûts
  • impliquer le secteur privé dans le développement des infrastructures de transport d’électricité
  • concevoir un plan complet de production d’énergie décentralisée
  • mettre en place des réglementations facilitant l’engagement du secteur privé dans l’électrification rurale

Ce plan permettrait tout à la fois d’accroître la sécurité énergétique du Pakistan, d’améliorer l’accès à l’énergie des populations, de réduire les importations de combustibles fossiles et de stimuler le développement économique et social.  

 

Crédit Photo: Ambassade des Etats-Unis d’Amérique au Pakistan / Flickr