Les open data ou données publiques libres d’accès et de droit, deviennent un outil indispensable pour sensibiliser le grand public aux enjeux énergétiques et aux changements de comportement. Mais ces données ouvertes, en offrant un pilotage plus fin de l’ensemble du système énergétique, devraient surtout accélérer notre transition énergétique. Explications.

Un petit pas pour l’Homme, un grand pas pour l’environnement. Le 19 septembre dernier, à l’occasion de la Journée nationale de la qualité de l’air, les Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) ont annoncé l’ouverture d’un portail gratuit d’accès à leurs données, sur le site de la Fédération ATMO France.

Les données de tous les territoires regroupées sur un même portail

Les AASQA ont toujours œuvré à la transparence de l’information sur la qualité de l’air. Simplement, les données produites étaient jusqu’à présent téléchargeables sur leurs sites internet respectifs, ou accessibles sur demande. Ce qui ne favorisait pas leur diffusion, alors que ces informations, issues des observatoires agréés de surveillance de qualité de l’air, constituent la référence sur chaque territoire.

Désormais, elles seront regroupées sur un seul et même portail et porteront sur les principaux polluants : données mesurées aux stations, données d’émissions, cartes annuelles d’exposition des populations et des territoires, indicateurs quotidiens…

Pour certaines données, un historique des cinq dernières années sera même disponible. L’objectif est de toucher des développeurs, des chercheurs, des start-up ou des collectivités qui créent de nouveaux services sur l’air en s’appuyant sur les données de ces associations régionales.

Un concours lancé par le gouvernement et ouvert à tous

En parallèle, le gouvernement vient de lancer un concours destiné également à valoriser les données relatives à la qualité de l’air. Organisé en partenariat avec la Fédération ATMO France, le Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air, le consortium Prev’Air, le CITEPA et l’INERIS, ce concours, ouvert à tous, vise à encourager la diffusion des données et leur valorisation par les acteurs économiques, les collectivités, les établissements publics, les associations ou les citoyens.

Les outils élaborés dans le cadre de ce concours, qui sera clos le 15 février 2019, peuvent prendre la forme de fiches d’informations interactives, de vidéos, d’infographies, de réseaux sociaux, de portails Internet, de cartographies interactives…

48 000 décès chaque année à cause de la pollution atmosphérique

Quel que soit le support, l’objectif commun de ces deux initiatives est bien de favoriser auprès d’un plus grand nombre la compréhension des enjeux de la qualité de l’air et les changements de comportement. Car les conséquences pour la santé publique sont très lourdes : la pollution atmosphérique reste, avec 48 000 décès chaque année, la 3e cause de mortalité en France, après le tabac et l’alcool.

“Les open data” (ou “données ouvertes” en français), dont l’accès est totalement public et libre de droit, au même titre que l’exploitation et la réutilisation, représentent pour de nombreux spécialistes un tournant crucial de la transition écologique. « La gestion des données s’impose comme un enjeu majeur qui peut contribuer à simplifier le quotidien des énergéticiens et de leur écosystème, et optimiser la circulation d’informations de référence en interne, la relation bâtie avec les collectivités ou la prise de décision sur le terrain », estime ainsi Jean-Marc Lazard, le président d’Opendatasoft, un groupe spécialisé dans la production et le partage de données.

La loi oblige désormais les opérateurs d’énergie à l’open data

Outils de connaissance par excellence, la donnée et son partage sont devenus des composants essentiels de l’innovation énergétique, d’autant que cette industrie produit déjà un grand nombre de données, des relevés de compteurs à la qualité de l’eau. Le gouvernement a donc pris le parti de favoriser cette révolution majeure qu’est l’open data énergétique.

Avec les lois de Transition Énergétique pour une Croissance Verte, et pour une République numérique, les opérateurs d’énergie doivent désormais mettre en place des politiques d’ouverture de leurs données sur les consommations de gaz et d’électricité. En France, a notamment été créé l’agence ORE regroupant l’ensemble des gestionnaires de réseaux de distribution de gaz et d’électricité . Cette agence assure ainsi la mise à disposition en open data de données pour l’ensemble des acteurs et en particulier les collectivités territoriales. L’exhaustivité des entreprises du secteur, transporteurs comme fournisseurs, s’inscrivent dans cette dynamique. Le rôle des professionnels du secteur est effectivement essentiel, ces derniers étant convaincus du bien-fondé de cette révolution : selon une étude du cabinet Wavestone, 88% des décideurs d’entreprises du secteur de l’énergie considèrent que l’ouverture des données est d’abord une opportunité.

La métropole de Lyon utilise déjà ces données pour économiser l’énergie

Car, si elle permet de répondre aux nouvelles contraintes réglementaires, l’ouverture des données offre aussi un pilotage plus fin du système énergétique, en particulier à l’échelle locale. Le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité, Enedis, l’a appliqué sur le territoire de la métropole de Lyon par exemple, où les données de production d’énergie par filière et de consommation électrique annuelle aux échelles de la région, des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et d’îlots regroupés par secteur sont mises en ligne depuis 2016.

L’utilisation de ces données a permis à la métropole de Lyon d’acquérir une meilleure connaissance énergétique de son territoire et d’établir un état des lieux complet et détaillé. L’application « Electryc », développée par Enedis et le Grand Lyon, permet ainsi de visualiser la part d’électricité produite et consommée localement dans le quartier de la Confluence, au centre de Lyon.

L’analyse de ces données énergétiques, croisée avec celle de données territoriales, de l’Agence d’urbanisme ou de l’Insee, favorise les économies d’énergie ou le repérage des bâtiments les plus énergivores, pour orienter l’éco-rénovation. Ce qui fait dire à Christian Buchel, Directeur Clients et Territoires d’Enedis, que « la transition énergétique doit se faire avant tout au niveau régional ».