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Les freins au développement durable et à la lutte contre le changement climatique

Interview de Solange Martin, sociologue, ADEME

Gouvernance & société Publié le

Retranscription

Il y a des freins sociologiques, vous avez raison de les citer, il y a aussi des freins psychologiques, des freins psychosociologiques, des freins économiques et des freins anthropologiques.

Si l’on commence par ce qu’il y a de plus simple, les freins psychologiques peuvent être par exemple vis-à-vis du changement climatique. C’est quelque chose qui fait peur, donc cela va générer des défenses et l’on va essayer d’évacuer l’information parce qu’elle est trop anxiogène.

Les freins psychosociologiques c’est ce qui se joue dans votre insertion dans un petit groupe. Si vous êtes dans une famille où tout le monde va rester sur le climato-scepticisme, tout le monde remet en cause l’idée que le climat se dérègle et que c’est la faute de l’Homme, cela va être compliqué pour vous, si vous voulez continuer à bien vous entendre avec votre famille, de penser différemment. Il y a un conformisme social qui se joue à ce niveau là et qui peut vous empêcher d’intégrer un certain nombre d’informations ou de mettre en place un certain nombre d’actions.

Les freins sociologiques sont des choses qui vont jouer à un niveau un peu plus collectif. En fonction de votre appartenance à différentes classes sociales, vous allez faire plus ou moins un certain nombre de choses. Par exemple le bio, cela se démocratise maintenant mais pendant longtemps c’était quand même une consommation essentiellement bobo, distinctive et plutôt CSP+, engagé environnement.

On peut avoir également des freins anthropologiques. L’anthropologie c’est vraiment ce qui caractérise les cultures, voire l’humanité toute entière. Indépendamment de votre classe sociale, il y a des normes très structurantes qui valent pour tout le monde et notamment l’hygiène c’en est une. Je ne sais pas si vous avez entendu parler d’une opération qui s’appelle ‘Défi Familles à énergie positive’. Dans cette opération vous êtes coaché, ce sont des petits groupes justement qui entrent en concurrence pour aller faire le plus d’économie d’énergie possible, et il y avait comme petit geste proposé le fait de prendre moins de douches. On voit bien dans les verbatim que cela reste compliqué parce que dans nos sociétés, ne pas sentir bon ou sentir quelque chose qui ne soit pas bon n’est pas possible.

Le dernier frein possible : l’économie. Si vous n’avez pas les moyens ou si vous préférez faire d’autres achats, ce sera compliqué de vous demander de faire des investissements importants. C’est d’autant plus vrai sur les travaux de rénovations de domicile car très impactant sur les budgets, mais cela reste vrai aussi si vous avez un budget très tendu dans vos actes de consommations.

Solange Martin, sociologue, ADEME