Un groupe de 80 économistes de réputation mondiale vient de signer un texte appelant les dirigeants du monde entier à stopper tous leurs investissements concernant les énergies fossiles et de les reporter intégralement vers le renouvelable. Cette radicalité est nécessaire pour empêcher que le réchauffement climatique atteignent des proportions catastrophiques. Et ce, d’autant plus que le choix des énergies renouvelables est économiquement rentable.

 

Au départ de cette mobilisation, un constat : de nombreux gouvernements et institutions publiques et privées continuent d’investir dans les combustibles fossiles, alors que ces énergies sont nocives pour la planète, les populations – et même l’économie !

 

« Pas un euro de plus ne doit être accordé au charbon, au pétrole et au gaz. »

Plus de 80 économistes de réputation mondiale, issus de 20 pays différents, menés par les Américains Jeffrey Sachs et James Galbraith, ont signé une déclaration réclamant l’arrêt complet des financements à destination des énergies fossiles, et une hausse massive des investissements dans les énergies renouvelables.

Prolongeant l’avertissement du même ordre lancé par plus de 15 000 scientifiques du monde entier, cette déclaration prend notamment à témoin les hommes politiques. « Il est temps que les dirigeants européens, et en particulier le président Macron, qui comprend la menace que représente le déni climatique de Donald Trump pour notre planète, en finissent avec les subventions et les investissements qui entretiennent notre dépendance aux combustibles fossiles. Pas un euro de plus ne doit être accordé au charbon, au pétrole et au gaz. » a ainsi déclaré Yanis Varoufakis, économiste, universitaire et homme politique grec.

 

Pour un réchauffement sous les 2°C, il faut faire reculer l’exploitation des énergies fossiles

Il est vrai que le temps semble compté pour la planète : le réchauffement climatique a presque atteint, en 2016, les 1°C par rapport à la moyenne du XXe siècle, avec des conséquences désastreuses : 13,2% des glaces de l’Arctique ont disparu en 10 ans, le niveau des océans a monté de plus de 8 cm depuis 1993, les événements climatiques extrêmes ont doublé depuis 1990…

Aujourd’hui les scientifiques semblent d’accord sur la nécessité absolue de maintenir ce réchauffement en-dessous des 2°C, idéalement sous les 1,5°C : or les engagements actuels, pris notamment lors de l’accord de Paris, conduiraient probablement à près de 3°C – soit une catastrophe climatique pour la Terre.

En la matière, le simple statu quo en matière d’exploitation des énergies fossiles est déjà insuffisant pour rester sous les 2°C : pour atteindre cet objectif, un démantèlement de projets existants avant la fin de leur période d’exploitation prévue semble nécessaire. Autant dire que de nouvelles prospections et de nouvelles infrastructures fossiles sont un non-sens.

 

Investir dans les énergies renouvelables : un choix juste, y compris économiquement !

Il est en revanche indispensable d’investir massivement dans les énergies renouvelables, dont le potentiel demeure encore sous-exploité mais qui pourraient répondre aux besoins du monde entier, même dans une optique de croissance économique mondiale.

Ce choix est non seulement juste d’un point de vue environnemental et dans l’optique de sauvegarder notre planète, mais il l’est également d’un point de vue économique. La rentabilité des énergies renouvelables, notamment l’éolien et le photovoltaïque, ne cesse de s’améliorer, au point de dépasser prochainement celui de toute installation fossile équivalente.

 

Dans son rapport annuel sur les énergies renouvelables du réseau REN 21 pointait que « les énergies renouvelables deviennent l’option la plus économique » dans un nombre croissant de pays.« Des transactions récentes au Danemark, en Egypte, Inde, Mexique, Pérou et aux Emirats Arabes Unis ont vu le coût de l’électricité chuter à 0,05 dollar/KWh. Ce chiffre est bien en-dessous du coût de l’énergie fossile ou nucléaire produite dans ces pays », détaille REN 21.

 

Concernant le charbon, s’il demeure rentable dans l’immédiat, y investir reste une vue à court terme : un récent rapport de Carbon Tracker souligne que d’ici 2027, dans l’Union Européenne, la construction de nouvelles centrales éoliennes et photovoltaïques coûtera moins cher que l’entretien des centrales au charbon existantes. L’augmentation prévue de la taxe carbone devrait encore davantage plomber la rentabilité du charbon dans l’UE : le rapport souligne qu’une fermeture anticipée des centrales au charbon existantes permettrait à l’Allemagne d’éviter des pertes potentielles d’environ 12 milliards d’euros !

Globalement, la quasi-totalité des Etats, des institutions et des entreprises mondiales font d’ailleurs le pari d’un investissement préférentiel vers les énergies renouvelables : mais les 80 économistes pensent qu’il faut en faire davantage encore, et appellent le maximum de dirigeants à envoyer des signaux forts dans cette direction.

 

« Investissons l’argent public dans un futur durable »

« Si nos dirigeants hésitent encore à soutenir pleinement des investissements verts pourtant profitables sur le plan économique, je tiens à leur rappeler qu’ils peuvent compter sur un énorme soutien populaire. Investissons l’argent public dans un futur durable, au lieu de le consacrer à des combustibles fossiles sales et inutiles » a ainsi déclaré avec force Tim Jackson, professeur à l’université du Surrey, au Royaume-Uni.

L’avenir du monde, c’est une certitude, est à l’énergie verte, durable et renouvelable. La question est celle du délai et du rythme de cette transition. Pour les signataires de la déclaration, elle doit être la plus rapide possible : « Il faut accorder la priorité aux incroyables opportunités d’investissement que représentent les énergies 100 % renouvelables du futur, grâce auxquelles nous pourrons construire une économie saine tout en protégeant les salariés du secteur de l’énergie, les communautés et en tenant compte des limites écologiques d’une planète finie. » conclut le texte.