C’est un phénomène récent, mais qui prend de l’ampleur : un peu partout en Europe, des citoyens se réunissent en coopératives pour développer et piloter des projets d’énergies renouvelables.  

Dans l’Union européenne, de plus en plus de citoyens semblent déterminés à développer par eux même une production d’électricité verte, locale et adaptée à leurs besoins et contraintes. Si les pratiques d’autoconsommation, individuelles et collectives, ne cessent de gagner du terrain, essentiellement du côté du photovoltaïque, les coopératives d’initiative citoyenne participent au même mouvement.

Une production d’électricité renouvelable pensée et voulue par des citoyens

Le principe est simple : dans un pays de l’Union Européenne, des citoyens (particuliers, associations, entreprises) se réunissent dans une coopérative et mettent sur pied un projet de production électrique renouvelable, photovoltaïque ou éolien, en partenariat avec les gestionnaires de réseau.

Ils déterminent ensemble le type d’énergie, les emplacements des panneaux photovoltaïques ou parfois des éoliennes, la répartition de l’électricité produite, les raccordements nécessaires, le budget et les moyens de financements – le plus souvent un crédit supporté conjointement par l’ensemble des participants au prorata de l’électricité qu’ils comptent consommer.

Une fois les travaux achevés, l’électricité produite est, en général, majoritairement consommée par les membres de la coopérative, les excédents pouvant être stockés sur des batteries et / ou plus généralement revendus au réseau local.

Des partenariats avec les gestionnaires réseau pour l’autoconsommation

Des partenaires locaux ou nationaux peuvent proposer à la coopérative des technologies smart grids, pour mieux adapter production, consommation, stockage et revente de l’électricité. Plus généralement, un partenariat avec les gestionnaires de réseau électrique est indispensable pour intégrer cette production locale au pilotage à plus grande échelle de la production et de la consommation du réseau : la coopérative devient ainsi un interlocuteur du réseau électrique, tant pour le partage de la production entre ses membres, que pour la revente des surplus, en passant parr l’injection d’électricité venue de ce réseau, en cas de production insuffisante ou de batteries vides.

Ces coopératives fonctionnent globalement comme un projet d’autoconsommation collective, mais d’initiative citoyenne, dans une démarche de décentralisation : elles manifestent la volonté de citoyens de s’approprier leurs territoires et sa production énergétique, et de sortir d’une logique de simples consommateurs passifs.

Mieux intégrée au tissu local, consommée localement, pensée en fonction du territoire, l’énergie produite par ces coopératives suscite peu de réticences de la part des riverains, y compris pour les projets éoliens – alors que l’installation d’éoliennes, en France notamment, suscite parfois l’opposition de certains riverains..

Popularité grandissante en Europe

Les coopératives énergétiques sont particulièrement populaires au Danemark et en Allemagne, où elles se comptent par centaines : en Allemagne notamment, la part de ces coopératives dans la production d’électricité d’origine éolienne est estimée à 16%. La France, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Italie ou les Pays-Bas disposent également de plusieurs dizaines d’initiatives de ce genre. Le mouvement gagne progressivement l’Europe du Sud et de l’Est.

Un grand nombre de ces coopératives s’est réuni dans une fédération : nommée Rescoop.eu, elle regroupe aujourd’hui 1 300 coopératives et est devenue un interlocuteur d’importance, au niveau européen, sur les questions de démocratie énergétique. Ce réseau est un espace de réflexion collective et d’échange de solutions, qui propose désormais plusieurs modèles opérationnels, pensés en fonction des besoins locaux, ainsi que des guides de « bonnes pratiques ».

Mettre le citoyen au centre de la politique énergétique

Ce réseau s’est rapproché d’associations défendant l’environnement, la transition énergétique et l’économie coopérative afin de défendre un point de vue citoyen sur les questions de production et de consommation d’électricité, et de peser sur les orientations européennes en la matière.

Ces initiatives sont des signes tangibles de la popularité croissante d’un nouveau modèle énergétique, où les consommateurs deviennent acteurs et même producteurs d’énergie, où l’électricité consommée est produite localement, avec des sources renouvelables, dans un partenariat efficace entre producteurs, consommateurs et gestionnaires de réseaux.