Plusieurs directives européennes encadrent et programment le déploiement des compteurs intelligents dans l’Union Européenne : elle prévoient, dans les pays où cette solution a été validée comme économiquement viable, un équipement de 80% du territoire à l’horizon 2020. A moins de trois ans de l’échéance, la plupart des pays, comme la France avec son compteur communicant Linky, sont en plein déploiement et devraient atteindre leurs objectifs. Deux pays sont déjà équipés intégralement de compteurs intelligents, et quelques-uns, dont l’Allemagne, n’ont pas choisi  une généralisation. Bilan et perspectives.

 

Un déploiement à grande échelle encadré par une loi-cadre

Datant de 2009, la directive européenne 2009/72/CE oblige les Etats membres à « préparer un calendrier pour le déploiement progressif de compteurs intelligents sur leur territoire. », complétée la même année par la directive 2002/91/CE demandant de développer des « plans nationaux pour l’installation de compteurs intelligents. ».

L’Union Européenne réclame en conséquence, pour les Etats ayant adopté un déploiement à grande échelle, un équipement d’au moins 80% du territoire à l’horizon 2020. Elle impose également une loi-cadre de déploiement dans chaque Etat : en France, c’est la Loi de Transition Énergétique qui joue ce rôle.

Dans le détail, deux Etats membres avaient déjà achevé ce déploiement avant ces directives, avec de réels bénéfices – l’Italie et la Suède. Six Etats, dont la Slovénie ou la Hongrie, n’avaient pas encore, en 2016, pris de décision officielle. Quatre Etats, le Portugal, la République Tchèque, la Belgique et la Lettonie se sont prononcés contre le déploiement, suite à une analyse coût/avantages négative. Trois, pour la même raison, ont décidé d’un déploiement partiel, la Lituanie, la Slovaquie et surtout l’Allemagne, le plus gros consommateur d’électricité de l’Union Européenne.

 

L’Allemagne, un déploiement partiel raisonné et intelligent

Le cas de l’Allemagne est intéressant : il s’agit d’un des pays où l’électricité est la plus chère, déterminé à réussir sa transition énergétique et à s’appuyer, pour cela, sur les smart grids. Mais une analyse a démontré que sur le réseau allemand, le compteur intelligent n’apporterait pas autant de bénéfices que dans d’autres pays.

En conséquence l’Allemagne a décidé de n’installer ces compteurs que sur les bâtiments où ils apporteraient un réel bénéfice, laissant pour les autres le choix aux propriétaires de les installer ou pas. En pratique, tous les bâtiments neufs ou rénovés depuis 2010 (c’est à dire aux dernières normes énergétiques) seront équipés d’un compteur intelligent. Il sera également installé sur les bâtiments consommant beaucoup d’énergie (plus de 6 000 kWh), où la maîtrise de la consommation est cruciale et peut offrir de substantiels bénéfices, ainsi que sur les installations d’énergie renouvelables supérieures à 7 kW, pour les mêmes raisons.

 

La France, comme l’Espagne ou le Royaume-Uni, devrait avoir terminé le déploiement vers 2020

Tous les autres membres de l’Union Européenne sont en cours de déploiement  : l’Espagne et le Luxembourg devraient en avoir terminé l’année prochaine, l’Autriche et l’Irlande en 2019, les autres, notamment le Royaume-Uni (qui poursuit son installation, malgré le Brexit), les Pays-Bas ou la Pologne, entre 2020 et 2021.

C’est également le cas de la France, qui a démarré l’installation de compteurs Linky sur tout le territoire en décembre 2015 : d’ici 2021, 35 millions de foyers seront équipés de ces compteurs, dont de multiples études prouvent l’intérêt et la rentabilité, tant pour le réseau que pour les particuliers et professionnels. L’objectif des 80% sera atteint.

 

L’Italie et la Suède bénéficient déjà des avantages d’un compteur communicant généralisé

La France se retrouvera donc d’ici quatre ans dans la même situation que l’Italie et la Suède, qui ont déjà achevé le déploiement à grande échelle du compteur communicant. En Italie, l’opération a démarré en 2001 : pilotée par Enel, elle a conduit à l’équipement de 30 millions de compteurs intelligents ; en Suède ce sont 5,3 millions de compteurs qui ont été installés depuis 2003, équipant 99% de la population.

Les populations sont très satisfaites de ce nouveau rapport à l’énergie : les Suédois apprécient particulièrement d’avoir une facture mensuelle basée sur leur consommation réelle et de pouvoir, ainsi, maîtriser et contrôler leur consommation ; en Italie, c’est la flexibilité apportée qui est particulièrement mise en avant : les clients peuvent, à tout moment et à distance, modifier leurs conditions de facturation, leur plan de crédit de pré-paiement, leur montant forfaitaire ou leurs tarifs.

 

L’Union Européenne sur la voie de l’optimisation énergétique

En Italie, un investissement de 2,1 milliards d’euros a été consenti. Il est aujourd’hui, quinze ans après, déjà rentabilisé par des économies d’exploitation, une réduction de la fraude et une baisse de la consommation moyenne.

Ces deux exemples prouvent que l’Union Européenne avance sur la bonne voie, celle de l’optimisation de la consommation électrique. Une voie qui n’est possible qu’avec un réseau intelligent et des compteurs communicants – même l’Allemagne, avec son déploiement partiel, va s’appuyer fortement sur ces technologies pour achever sa transition énergétique. L’histoire est en marche.