La COP 23, qui aura lieu du 6 au 17 novembre 2017 à Bonn en Allemagne, est certes moins attendue que sa prédécesseure parisienne. Elle n’en aura pas moins des conséquences majeures pour le climat et le futur de la planète.

La COP 23 est une étape capitale dans la transition énergétique mondiale : les gouvernements vont y formaliser les moyens techniques et financiers pour tenir leurs engagements pris en 2015, lors de l’accord de Paris, notamment en terme d’émissions de gaz à effet de serre. Et si les chefs d’Etat seront au final peu nombreux (dans un contexte tendu marqué par le retrait des Etats-Unis), la mutation du secteur de l’énergie vers des sources renouvelables, accompagnées des réseaux électriques ad hoc, sera au coeur des débats.

« Cette COP doit servir à passer à la vitesse supérieure”

Si la COP21 avait abouti à la signature de l’accord de Paris, en 2015, c’est lors de la COP24 en 2018 que seront adoptées les mesures d’application de cet accord, tout en évaluant le chemin parcouru en 3 ans par les différents signataires.

La COP23, qui s’ouvre le 6 novembre à Bonn, est une étape capitale dans la formalisation concrète des engagements pris en 2015 – c’est la dernière fenêtre avant le « grand bilan » de 2018. “Les bases doivent être posées dès maintenant et cette COP doit servir à passer à la vitesse supérieure”, affirme ainsi Lucile Dufour, responsable des négociations internationales et du développement pour le Réseau Action Climat (RAC).

 

Une COP moins politique, mais plus efficace ?

Bien évidemment, le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris est un rude coup porté à ce processus ; l’absence de chefs d’Etat ou de la première puissance mondiale pourrait ainsi donner le sentiment d’une COP délaissée. Pour autant, de nombreux observateurs se réjouissent, au final, d’une réunion moins tournée vers les effets d’annonce des politiques, et davantage centrée sur des négociations précises, des décisions techniques et des applications concrètes.

Le claquage de porte de Donald Trump a cependant provoqué une défense inconditionnelle de cet accord par tous ses autres signataires.Un consensus mondial se dessine sur la nécessité de réduire les gaz à effet de serre en allant le plus loin possible dans l’usage des énergies décarbonées à tous les niveaux (bâtiment, industrie, transport/mobilité) ; ceci suppose d’adapter partout les infrastructures, notamment au travers de réseaux électriques intelligents.

 

L’Union Européenne, entre ambitions et reculs forcés

Dans ce contexte, les discussions à Bonn porteront davantage sur le rythme à imposer que sur la finalité. La position de l’Union Européenne est en cela complexe : elle est parvenue in extremis à produire un texte d’engagements communs pour Bonn, mais qui se situent bien en deçà des objectifs posés pour l’Union en 2015 – pour rappel, une réduction des émission de gaz à effet de serre de 40 % à l’horizon 2030 par rapport à leur niveau de 1990 (pour l’industrie) et de 30 % par rapport aux niveaux de 2005 (pour les transports, l’agriculture, le bâtiment et la gestion des déchets).

Or, si des pays comme la France ou les Pays-Bas défendent une ligne ambitieuse sur l’abandon des combustibles fossiles, d’autres, comme la Pologne, doivent encore compter avec le poids historique du charbon ! Et ce, alors même que ces engagements de 2015 manquent d’ambition pour l’Union Européenne. De l’aveu même de Nicolas Hulot, ministre français de la transition écologique : “la France est consciente que l’UE doit encore faire plus, parce les objectifs que nous avons collectivement adoptés à Paris ne sont pas suffisants pour nous permettre de maintenir le réchauffement de la planète en-dessous de 2°C”.

 

Une étape-clé vers les énergies renouvelables et une nouvelle gestion de l’électricité

C’est tout l’enjeu de cette COP : parvenir à imposer des positions plus contraignantes, plus ambitieuses, pour dépasser les effets d’annonce et renforcer une mutation mondiale des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables – et la révolution en terme de gestion de l’électricité qu’elle impose. “L’accord de Paris nous a fourni de grandes lignes, mais il n’est ni concret, ni transparent. Les COP 23 et 24 vont déterminer comment les pays sont redevables et doivent aussi faire en sorte que les citoyens aient leur mot à dire » affirme Lucile Dufour.

Au bout du compte, cette COP, qui sera sans doute moins médiatisée que les précédentes, aura une importance capitale dans la réussite de l’accord de Paris et dans les délais avec lesquels les différents pays atteindront ces objectifs.

La question est d’importance, car un écart d’un demi degré de réchauffement climatique à l’horizon 2050 pourrait, entre autres maux, signifier la fin d’îles du Pacifique comme les îles Marshall, Tuvalu et Karibati. Nul doute que les Îles Fidji, qui présideront cette COP, sauront faire passer ce message.