Lancée en octobre 2017 par le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, pour concurrencer l’industrie asiatique dominante sur ce marché, l’alliance européenne des batteries vient de présenter sa feuille de route : l’Union veut se distinguer par des produits à l’impact écologique limité.

L’Union Européenne est convaincue que l’avenir est à la mobilité verte, notamment électrique, et que cette mutation aura lieu beaucoup plus vite que celle anticipée par l’industrie automobile européenne. Le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, défend ainsi la mise en place de modèles industriels à grande échelle pour positionner rapidement l’Europe sur ce marché émergent.

Batteries : un retard européen à combler

Il convient en particulier d’investir le champs des batteries, et encore plus des batteries Lithium-Ion, dont la conception et la fabrication sont dominées par les industries asiatiques, notamment chinoises. L’industrie automobile chinoise a d’ailleurs pris un temps d’avance sur la mobilité verte : en 2017, sur les dix constructeurs ayant vendu le plus de véhicules électriques cinq étaient chinois, et un seul européen – Renault-Nissan.

Jugeant que cette technologie est « trop importante pour être importée de l’étranger  », Maros Sefcovic a donc lancé en octobre 2017 le principe d’une alliance européenne des batteries, en prenant l’exemple d’Airbus. Dans les années 1970, l’industrie européenne avait su rattraper son retard dans l’aéronautique en unissant les capitaux, les savoirs et la puissance industrielle de plusieurs pays en une seule unité, transnationale.

Un « Airbus des batteries » s’appuyant sur plusieurs consortiums

Maros Sefcovic a repris cette idée, mais sans l’astreindre à un consortium unique. Le commissaire défend plutôt l’idée de « plusieurs consortiums qui coopéreront étroitement ». « Je souhaiterais que l’Europe dispose d’au moins 10 méga-usines commercialisant sur les marchés mondiaux des produits de grande qualité, au meilleur prix. » a-t-il déclaré.

En octobre 2017, des chefs d’entreprise, des représentants de l’Union et des gouvernements nationaux se sont entendus pour « créer une chaîne de valeur complète de batteries en Europe » et de construire « des infrastructures de production de cellules de batteries de grande envergure » dans l’Union. Un budget européen de 2,4 milliards d’euros est évoqué.

Cette alliance veut s’appuyer sur les compétences déjà acquises par certaines industries, comme la Suède, l’un des pays européens les plus avancés sur cette technologie et qui possède déjà une ligne de production. D’autres pays européens sortent également du lot. L’Allemagne, dont le secteur automobile dispose d’un fort potentiel de recherche et d’innovation et la France, où Saft, le spécialiste des batteries racheté par Total, est en pointe pour la prochaine génération de batteries de voitures.

Faire de l’UE le champion des batteries « vertes, recyclables et réutilisables »

En février 2018, cette nouvelle « Alliance européenne des batteries » a présenté sa feuille de route, qui se centre clairement sur l’efficacité environnementale. « Nous voulons quelque chose de différent par rapport à ce qui existe actuellement sur le marché » a ainsi déclaré Maros Sefcovic. Son idée est que les batteries européennes doivent se distinguer de la concurrence en étant « vertes, recyclables et réutilisables ».

Pour ce faire, une vingtaine de priorités ont été posées par la Commission : au premier rang se trouve « la réduction de l’empreinte carbone » tout au long de la chaîne de production et du cycle de vie de la batterie. La Commission propose également de mettre en place des financements  pour former la main-d’oeuvre nécessaire à cette mutation industrielle – estimée entre 300 000 et 400 000 personnes dans l’ensemble de l’Union Européenne.

Un label et des normes européens doivent être également définis, pour « faire disparaître les écarts de standardisation en matière de performance, de sécurité, de réutilisation et de recyclage » d’après Maros Sefcovic. L’Union milite également pour un rapprochement rapide entre les différents industriels engagés sur ce sujet, notamment pour investir et partager les coûts de recherche sur la question-clé de la seconde vie des batteries : l’objectif de la Commission est de généraliser la réutilisation des batteries usagées pour un usage stationnaire, en unité de stockage domestique ou de soutien du réseau électrique.

Une opportunité unique pour l’industrie européenne et le secteur de l’électricité

 

Au cœur de la transformation énergétique mondiale, le stockage de l’énergie avec, en l’occurrence, des batteries européennes viables, vertes et performantes est un enjeu essentiel pour l’ensemble du secteur de l’électricité – tant pour déployer la mobilité électrique à grande échelle que pour accélérer cette transition énergétique.

La mobilité électrique est une pièce centrale de la généralisation des smart grids et de l’augmentation des énergies renouvelables dans le mix énergétique : cette alliance européenne est une opportunité unique pour les entreprises de l’Union Européenne pour prendre pleinement part à cette révolution industrielle.